100% de réussite : flicage des un-es et déshabillage des autres

lundi 1er octobre 2018
par  Sud éducation Paris
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Les professeur.e.s exerçant en CP et CE1 dédoublés voient de plus en plus fortement leur liberté pédagogique mise en cause et menacée. Après leur avoir expliqué dans le « livret orange » ce qu’il « convient de » faire et la nécessité de choisir un manuel correspondant à ses strictes directives, notre Jean-Mi ministre de l’Éducation nationale leur impose des formations afin de les mettre au pas de l’en marche à suivre.

Les enseignant.e.s seront-ils rendus coupables et responsables de l’échec chiffré (à 70 % ? à 50 % ? à 25 % ?) des élèves ? Dans les écoles, nous le savons, certain.e.s élèves sont aux prises avec des difficultés importantes, souvent multi-factorielles et les équipes pédagogiques ne se ménagent pas pour les faire progresser.
Quelle conception de l’enfant apprenant se cache derrière ces mesures ? Quelle idée du métier d’enseignant.e le gouvernement cherche-t-il à imposer ? Ont-ils.elles utilisé le bon manuel ? Correspondant strictement à la méthode qu’il « convient d’appliquer » ? Ont-ils.elles suivi toutes les formations ? Peut-être n’ont-ils.elles pas été suffisamment assidu.e.s ? Si ? Vraiment ? Alors ils.elles n’appliquent pas correctement la méthode car si c’était le cas, le fameux Graal serait atteint.
Il y a peu le gouvernement annonçait qu’une part de l’augmentation de la prime REP+ promise serait attribuée à la discrétion des IEN, nos N+1 actuel.le.s dans la start-up nation. Oseront-ils.elles se baser sur les évaluations nationales voulues pour tous.tes les élèves de CP et CE1 scolarisé.e.s dans ces classes pour l’attribuer ?

L’absence totale de décret encadrant la mise en place des classes « 100% de réussite » permet en outre à l’administration de demander aux collègues y exerçant de « s’auto-remplacer », fonction qui consiste à prendre en charge des classes entières et non dédoublées. Pas de texte, pas de problème. L’administration explique que ce fonctionnement est provisoire puisque les professeur.e.s formé.e.s n’auront plus à l’être dès l’an prochain et que les remplacements à prévoir seront alors moindres. Des directives sans fondement légal, comme c’est le cas depuis un an, seront-elles alors données aux équipes pour que les enseignant.e.s de CP et CE1 soient contraint.e.s de garder ces niveaux d’années en années ?

Des pressions s’exercent aussi sur les droits individuels des professeur.e.s : il ne serait pas raisonnable de songer à travailler sur ces classes si l’on est à temps partiel, pire encore d’envisager un congé maternité, paternité ou parental. Cela questionne sur l’assimilation de ces postes à des postes à profils auxquels ne pourraient prétendre que des personnels correspondants à des critères définis par une administration pouvant agir comme bon lui semble. Pas de texte, pas de problème.

Les élèves n’appartenant pas aux classes « 100% de réussite » pâtissent aussi de la mise en place déréglementée du dispositif sans embauche à hauteur des besoins. Ce dispositif serait-il un nouveau prétexte au sabotage des RASED orchestré depuis plusieurs années ? Après un discours officiel annonçant la fin des interventions des RASED dans ces classes de CP et CE1, niant ainsi les spécificités d’un.e enseignant.e pourtant dit.e « spécialisé.e », les enseignant.e.s du Rased sont maintenant mobilisé.e.s sur le dispositif « 100 % de réussite », de façon exclusive dans certaines circonscriptions. Que ce soit en éducation prioritaire ou non, le tendance est la même : de moins en moins d’enseignant.es de Rased dans les écoles. Des postes non pourvus sont gelés, les enseignant.es non remplacé.es. Passé le CE1, il devient illusoire d’espérer une intervention.

Les effectifs des classes hors éducation prioritaire sont en augmentation, notamment dans les académies les plus en difficultés. Les Plus De Maître.sse.s Que De Classe, dont le rôle bénéficie à tous les élèves quel que soit leur niveau, se font rares et leur disparition est annoncée. Le corps enseignant est réquisitionné, les temps partiels ne sont plus accordés que de droit et malgré cela les remplaçants.es manquent pour les formations mais aussi les arrêts maladie de tous.tes. C’est ainsi que le recrutement de contractuel.le.s enseignant.e.s va reprendre dans le premier degré cette année encore.

La vitrine est jolie mais l’intérieur laisse à désirer... Les dispositifs qui pourraient profiter à tous.tes les élèves sont mobilisés pour entretenir la façade de l’annonce électorale (RASED, diminution du nombre d’élèves par classe) ou voués à disparaître dès l’an prochain (PDMQDC). Une mise en place hâtive sans admissions aux concours à hauteur des besoins entraîne une gestion en flux voulu tendu (avec des trous en réalité) des personnels enseignants préjudiciable à tous les élèves.

Au prétexte d’évaluer le dispositif, d’identifier les besoins, le ministère cherche à imposer des évaluations nationales aux professeur.e.s et à leurs élèves, là encore sans cadre légal ; la seule mention faite d’une évaluation suivant un modèle national est celle réalisée en fin de maternelle et se trouve dans le décret 2015-1929 du 31 décembre 2015.

Il n’y a donc aucune obligation à prendre 5h pour entrer les résultats, dont le ministre a dit qu’elles pouvaient être déduites des heures d’APC. Il n’y a pas d’obligation à faire vivre à ses élèves et à se contraindre à des passations de consignes et des évaluations communément admises dès leur parution comme inadaptées, bancales, inappropriées, carrément trompeuses parfois, bref, mal fichues. De telles évaluations devraient être finement analysées par les enseignant.e.s afin d’identifier les difficultés effectives des élèves ; ce qu’ils.elles ont fait à la rentrée pour mieux connaître leur classe. Le système mis en place par le ministère prévoit que des données soient entrées, traitées informatiquement pour obtenir un profil de l’élève. Sais / ne sais pas / sais un peu ? De quoi parle-t-on ? Quels processus n’ont pas été compris ? Quelles résistances font obstacle ? Comment y remédier ? Quid de la fréquentation de nos élèves et de l’analyse réelle de leurs productions pour répondre à ces questions ?

Enfin, il n’y a pas d’obligation à faire remonter des résultats, certes anonymés mais bien groupés par classes puis par écoles. Ces données récoltées permettront-elles de justifier la sortie de l’éducation prioritaire des écoles les « moins en difficultés » qui en connaissent malgré tout ? Permettront-elles de décréter que telle école, voir telle classe est plus méritante qu’une autre ? Permettront-elles de décréter que tel.le.s ou tels.les enseignant.e.s ne sont pas compétent.e.s au prétexte qu’ils.elles n’atteignent pas le mythique 100% ?

Sud éducation Paris revendique :

- la titularisation des professeur.e.s contractuel.le.s,
- des taux d’admission aux concours et certificats d’aptitude qui couvrent effectivement les besoins humains,
- l’augmentation des salaires ainsi que la baisse du temps de travail pour tous-tes,
- la liberté pédagogique des professeur.e.s d’utiliser les dispositifs qu’ils jugent les plus adaptés selon les apprentissages et leurs élèves,
- la liberté pour chaque PE d’enseigner librement à tous les niveaux de classe du primaire,
- la diminution des effectifs dans toutes les classes pour la favorisation d’une école émancipatrice pour tous.tes les élèves,
- le droit de tous.tes les professeur.e.s de pouvoir choisir intégralement les formations qu’ils.elles souhaitent et leur organisation (présentiel/distance).


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