Second degré : Des réformes qui remettent en cause l’égalité et le service public d’éducation !

mardi 13 novembre 2018
par  Sud éducation Paris
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Le 12 novembre, nous étions en grève. Une des revendications principales tournait autour des suppressions de postes : 1800 puis 2600 dans l’éducation, 120 000 dans la fonction publique... Les chiffres sont inquiétants. La politique éducative gouvernementale menée par Blanquer n’en finit pas de dépouiller l’école de ses moyens humains et pédagogiques.

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Mais ce n’est qu’une partie du problèmes et les réformes proposées vont dans le même sens. Le précédent gouvernement avait produit une réforme du collège sans moyens supplémentaires, alourdissant de surcroît la charge de travail des enseignants. La réforme du lycée général et technologique adopte la même tonalité : la fin des filières et la mise en place de spécialités dans chaque lycée aura aussi son lot de suppression de postes d’enseignants. Plus généralement, c’est aussi un ensemble de mesures et de projets qui remettent en cause le service public d’éducation et les conditions de travail et d’existence des enseignants du second degré.

Une réforme du lycée inégalitaire

Avec la publication le 6 septembre de la note de service sur l’organisation des spécialités, le ministère met en place une réforme inégalitaire.
En effet, sur les 12 spécialités prévues, 5 ne font l’objet que d’une carte académique ou nationale : arts, littérature et LCA, ainsi que numérique et sciences informatiques, et sciences de l’ingénieur et biologie écologie. Les 7 autres, au départ annoncées comme devant être présentes dans chaque lycée, devront en réalité être disponibles au sein d’un même bassin : histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques  ; humanités, littérature et philosophie  ; langues, littératures et cultures étrangères  ; mathématiques  ; physique-chimie  ; SVT  ; SES. Il n’y a donc pas d’offre minimale de formation commune à chaque lycée.

Dans le contexte de la mise en œuvre de Parcoursup, le choix des spécialités deviendra déterminant dans l’orientation post-bac. Le choix entre tel et tel lycée en fonction des spécialités disponibles n’en sera que plus crucial. Cet effet concurrentiel va se combiner avec la mise en œuvre d’une évaluation des établissements annoncée au 1er trimestre 2019, pour aboutir à l’émergence d’un véritable marché des lycées, renforçant les inégalités entre ceux-ci. Dans ce système, les élèves, promus “auto-entrepreneurs de leur scolarité”, devront jouer des coudes pour bénéficier des meilleures opportunités. C’est à l’opposé de l’école de l’égalité que défend SUD éducation.

La réforme du lycée est donc une réforme profondément inégalitaire, qui remet en cause encore un peu plus le droit de chaque lycéen-ne à avoir une formation commune, quel que soit l’établissement de secteur.

Le choix des spécialités par établissement a non seulement un impact sur le parcours de chaque lycéen mais aussi sur les collègues : polyvalence imposée, disparition de certaines options selon les choix d’établissement, mesures de carte scolaire, suppression de postes et sureffectifs en conséquence. L’organisation des enseignements, qui reste très floue, laisse envisager un recours accru à l’annualisation du temps de travail et une flexibilisation des services. À réforme pédagogique bancale et inégalitaire une nouvelle dégradation des conditions de travail et de l’accueil des élèves.

Vers la fin de l’éducation prioritaire

L’éducation prioritaire est aussi dans la mire du ministre. Le rapport de la cour des comptes, qui critique le coût de l’éducation prioritaire, prône la disparition des sigles REP et REP +, considérés comme stigmatisant. L’année dernière, c’est l’ensemble des lycées de Zones d’Éducation Prioritaire qui sortait du dispositif. Qu’en serait-il pour les collèges ? Une nouvelle catégorisation des collèges, à l’image de celle en cours dans l’académie de Paris (de la catégorie 1 pour les établissements à public favorisé à la catégorie 4 pour les établissements à public défavorisé, généralement les établissements REP et REP +) qui pourrait s’échelonner sur 10 catégories ! La dernière révision de la carte de l’éducation prioritaire à Paris avait poussé vers la sortie certains établissements. La nouvelle catégorisation, si la proposition de la cour des comptes était suivie, conduirait assurément à un nouveau dégraissage : il était déjà difficile de faire la distinction entre des établissements de catégorie 3 et de catégorie 4. Autant imaginer qu’avec 10 catégories et un risque de focalisation médiatique gouvernementale sur la 10e catégorie... C’est sans compter les tendances toujours croissantes de l’évaluation par contrat d’objectifs (critères de réussite) et de mise en concurrence des établissements.

La mise en péril du statut des enseignants du second degré

En 2014, un décret modifiait en profondeur les missions et obligations de services. Depuis, la charge de travail des enseignant-es n’a cessé d’augmenter et de se diversifier. Désormais, au-delà des tâches de préparation et de gestion des cours, se développe un ensemble de contraintes et d’activités « annexes », nécessaires et chronophages : conseils, réunions, concertations, orientation, etc. Et cela, sans aucune contrepartie salariale.

Le projet de réforme de la fonction publique, CAP 2022, prévoit d’aller plus loin en instaurant le salaire au mérite, annoncé dors et déjà par Blanquer à la rentrée, ainsi qu’une transformation du recrutement (davantage de contractuels) et de la mobilité des enseignants (recrutement des enseignants par les chefs d’établissement). Le salaire au mérite, c’est la remise en question de l’égalité de traitement des agents et surtout leur mise en concurrence.

La mise en place du Parcours Professionnel Carrière et Rémunération (PPCR) donne un avant goût de tout cela : en intervenant dans les nouvelles modalités d’évaluation des enseignants, le chef devient un-e manager de la carrière des enseignant-e-s, et s’immisce dans leurs pratiques pédagogiques. La mise en place d’une « classe exceptionnelle » vient élargir encore l’écart de rémunération entre un-e débutant-e et un‑e enseignant-e « méritant-e » en fin de carrière. Aujourd’hui, l’écart entre l’échelon le plus faible et le plus élevé est de 434 points d’indice, il sera en 2020 de 582. La classe exceptionnelle est réservée à 10 % des enseignant-e-s, 8 % pour celles et ceux qui auront des fonctions ou des missions particulières et 2 % pour les plus « méritant-e-s ».

Les retraites, un nouveau projet

La dernière réforme des régimes de retraite date de 2003 et elle avait eu pour conséquence un allongement de la durée de cotisation et un passage de l’âge légal de départ de 60 à 62 ans. Le futur projet serait universel (fin des régimes spéciaux) et fonctionnerait avec un système de points accumulés tout au long de la carrière. Le cadre reste flou et beaucoup de questions se posent : quelle sera la valeur du point ? Comment seront pris en compte les « accidents de carrière » (maladie, chômage...) ? Les évolutions de carrière ?

Le projet semble toutefois prendre en compte une donnée inquiétante : le gouvernement désirerait contenir les dépenses liées aux pensions de retraite à 14 % du PIB. Cela revient à indexer le système sur la croissance, ou non, du PIB. C’est aussi un appel d’air pour le secteur des assurances et des banques afin d’écouler leurs produits financiers et, ainsi, favoriser les retraites par capitalisation au détriment du système solidaire de répartition.

Les retraites ont déjà été mise à mal depuis le début du quinquennat : hausse de la CSG, désindexation par rapport à l’inflation, gel des pensions. Pour les enseignant-es, les premières analyses et mises en perspectives du projet sont plutôt pessimistes. Elles vont dans le sens d’une paupérisation des futurs retraité-es...

C’est pourquoi, du 29 novembre au 6 décembre 2018, il faut voter Sud éducation.

Voter Sud éducation, c’est faire le choix d’un syndicalisme qui défend les droits des enseignants et qui refuse une école du tri social. C’est aussi voter pour un syndicat qui lutte pour l’extension des droits collectifs et pour l’égalité de traitement des élèves et des enseignant-es.


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