FPMA mouvement 2nd degré : déclaration liminaire de Sud éducation Paris

samedi 8 juin 2019
par  Sud éducation Paris
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Les mutations sont un moment important dans la vie professionnelle de nos collègues. Dans le cadre du mouvement intra académique, nombreux-ses parmi eux se tournent vers nous pour demander conseil, pour construire leur projet de mutation. Nombreux-ses sont celles et ceux qui nous ont fait part de leur étonnement, de leur inquiétude voire de leur désarroi devant le mouvement de cette année : le peu de postes proposés en a alerté plus d’un/une...

Beaucoup de collègues n’espèrent plus muter. Ce qui prévaut à ce moment là, ce sont souvent un sentiment d’injustice, la sensation d’être dépossédé-e du droit de changer d’établissement, du droit à la mobilité professionnelle. Ils/elles peuvent bien sûr tenter leur chance, mais quelle chance se disent-ils/elles ? Quelles opportunités quand l’air du temps est à la suppression de postes ? Le terme même de mouvement perd de son sens…

Cette dépossession ne se fait pas sentir qu’au niveau des mutations intra académiques. Les suppressions de postes évoquées plus haut sont emblématiques de ce point de vue. La communauté enseignante, avec les réalités de terrains qu’elle connaît, demande chaque année des moyens humains qu’on lui refuse toujours plus et au détriment des élèves. Ce déni démocratique s’est fait sentir dans l’académie puisque dans certains établissements parisiens, les collègues n’ont même pas pu s’opposer en conseil d’administration à ces suppressions.

Ces suppressions de postes sont la conséquence directe de réformes iniques et bancales et en premier lieu, des réformes des lycées général et professionnel qui sont aujourd’hui imposées sans que les collègues ou les usager-e-s aient pu émettre leurs avis. s’y ajoutent les réformes des programmes, de parcoursup sur lesquelles le dialogue social prôné par l’actuel gouvernement a été inexistant. Pour Sud éducation Paris, les changements du système éducatif ne peuvent se faire sans les principaux intéressés : les enseignant-es, les élèves et leurs familles.

De fait, nous dénonçons l’autoritarisme de l’institution qui cherche à mettre au pas celles et ceux qui s’opposent à ces réformes, qui remet en question les droits des professeur-e-s à s’exprimer et à critiquer ce qui pourrait se mettre en œuvre dans les établissements, ainsi qu’on peut le craindre avec l’article premier de la loi sur l’école de la confiance. Le message est clair : un-e fonctionnaire doit fonctionner coûte que coûte et gare à celles et ceux qui oseraient contester. Dernièrement, c’est jusqu’au droit de grève qu’on s’est attaqué, avec un ministère qui cherche à embaucher des surveillant-e-s d’épreuves alors que des préavis de grève sont déposés pour le premier jour d’épreuve du bac.

Pour rappel, depuis deux ans que Jean-Michel Blanquer est à la tête du ministère c’est :
- entre 300 et 400 heures de cours en moins pour les élèves de bac pro, 200 heures en moins en CAP, principalement dans les enseignements généraux ;
- la casse du service public d’orientation avec le démantèlement de l’Onisep, la division par deux des recrutements dans les CIO et le transfert des personnels d’orientation à la région ;
- l’individualisation des parcours et la mise en concurrence des élèves, des lycées et des filières avec la réforme du lycée général et technologique ;
- des suppressions de postes massives et une baisse du nombre de postes aux concours ;
- la précarisation grandissante avec le recours accru aux contractuel·les (plus de 200 000 collègues sont non-titulaires actuellement dans l’Éducation nationale) ;
- la dégradation des conditions de travail des personnels et des conditions d’enseignement-apprentissage pour les élèves ;
- une deuxième heure supplémentaire imposée aux enseignant-es du second degré permettant de dissimuler les suppressions de postes ;
- des menaces, intimidations et sanctions disciplinaires contre les personnels qui résistent, la répression contre les élèves mobilisé-es (arrestations de Mantes-la-Jolie, sanctions disciplinaires contre des enseignant·es, interdictions de réunions avec les parents d’élèves...) ;
- la tentative d’imposer des évaluations nationales et les atteintes à la liberté pédagogique (formations obligatoires, injonctions de réussite sur les CP à 12, ) ;
- une sélection accrue à l’entrée dans l’enseignement supérieur avec ParcourSup ;
- des nouveaux programmes aux relents réactionnaires.

Pour Sud éducation Paris, l’ensemble de ces faits témoigne d’une volonté d’imposer une certaine idée du management dans l’Éducation Nationale. Un management qui rimerait avec précarisation et dégradation des conditions de travail, contractualisation ; qui favoriserait de plus en plus une privatisation du système éducatif en retirant à l’école publique ses droits et ses moyens et en encourageant le développement de l’enseignement privé ; un management qui instaurerait une école du tri social et qui retirerait aux fonctionnaires des droits durement acquis. On en voit les méfaits ailleurs où il s’est mis en place : dans des secteurs anciennement publics comme France télécom ou dans la fonction publique hospitalière où les personnels sont au bord de l’explosion. L’école n’est pas une entreprise et l’éducation n’est pas un produit de consommation.

Pour en revenir au mouvement intraacadémique, les perspectives d’avenir sont plutôt inquiétantes. Le projet de réforme de la fonction publique adopté en première lecture à l’assemblée noircit le tableau. Le recours accru à des personnels sous statut contractuel, le recrutement des enseignants par les chef-fe-s d’établissement, la transformation du paritarisme risqueraient de signer la fin du système actuel de mutations. Si il est imparfait, ce système fonctionne au moins sur un principe majeur : l’égalité de traitement des collègues.

Des mesures simples dans le cadre de ce mouvement pourraient être prise pour faciliter le droit à la mobilité pour toutes et tous et améliorer les conditions de travail :
- revenir sur le nombre élevé de postes spécifiques et de postes « réservés », qui remet en cause le caractère égalitaire et transparent du mouvement et retire chaque année un nombre important de possibilités de mutation pour les collègues (à l’inter et à l’intra) ;
- supprimer les bonifications spécifiques pour les agrégé-e-s ;
- mener dans le cadre académique une véritable lutte contre les heures supplémentaires, notamment dans « les grands lycées » et transformer ces BMP en postes alors que le rectorat demande que ceux-ci soient remontés ;
- en finir avec l’affectation sur deux voire trois établissements, ce qui engendre des risques pour la santé des collègues. SUD éducation Paris rappelle que les chefs de service sont chargés, selon l’article 2-1 du décret 82-453 « de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité » ;
- la baisse des effectifs par classe à tous les niveaux pour améliorer les conditions de travail et d’étude ;
- une vraie politique d’éducation prioritaire qui ne se restreigne pas à un nombre extrêmement réduit d’établissements ;
- une baisse significative du temps de travail qui serait un outil de création de postes et donc de fluidité du mouvement. Toute charge de travail supplémentaire doit donc se traduire par une diminution du temps de travail.

En conséquence, nous revendiquons la création de postes statutaires à la hauteur des besoins exprimés par les personnels, l’arrêt du recrutement des précaires et donc la titularisation sans condition de tous les personnels précaires en exercice, Sachant que leurs missions sont loin d’être ponctuelles et temporaires surtout dans l’académie de Paris.
 Pour en finir avec le dualisme scolaire, nous demandons au MEN, qui a lui même reconnu qu’il était facile d’ouvrir des établissements privés, d’être cohérent et donc de socialiser sans indemnité les établissements d’éducations confessionnels et patronaux, et ainsi donc de mettre en place une véritable carte scolaire et, in extenso, des postes à pourvoir.
 
Sud éducation Paris syndicat intercatégoriel et résolument interprofessionnel par son investissement dans son Union syndicale Solidaires, continue à mener la lutte pour la défense de l’emploi, des salaires, des services publics et des conquêtes sociales au sens large.

Face aux attaques réactionnaires de ce gouvernement nous avons soutenu et continuons à soutenir les collègues et les camarades en lutte, prêt-e-s à se mettre en grève le 17 juin, à faire la grève des examens et à user de moyens afin de maintenir un service public d’éducation digne de ce nom, égalitaire et émancipateur, où les droits des travailleurs/euses durement acquis seront garantis. 
 
Par ailleurs, nous remercions les personnels qui ont travaillé sur ce mouvement intra-académique : ils ne sont pas exclus du processus qui vise à faire toujours plus avec moins de moyens.
 
Pour une autre société, une autre école


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