Face au mépris et à la maltraitance, organisons-nous - décalaration de Sud éducation Paris au CTA du 15/10/2019

mercredi 16 octobre 2019
par  Sud éducation Paris
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Déclaration liminaire de Sud éducation Paris au Comité technique académique du 15 octobre 2019

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Nous ne pouvons pas commencer cette instance sans avoir un mot sur le drame qui s’est déroulé il y a maintenant trois semaines à Pantin. Christine Renon, enseignante chargée de direction dans une école maternelle s’est donnée la mort en mettant directement en cause ses conditions de travail. Ce geste et surtout ce que Christine Renon évoque dans sa lettre a résonné de manière particulièrement forte dans toute la profession, bien au-delà des directrices et directeurs d’école, bien au-delà du département sinistré de la Seine-Saint-Denis et même du premier degré, puisque le geste de Christine Renon a permis que soit rendus audibles les histoires similaires, initialement voués au silence, de Frédéric Boulé, professeur de SVT dans l’académie de Nice, et de Laurent Gatier, professeur de service et commercialisation dans l’académie de Clermont. Dans le 93 sans doute plus qu’ailleurs on souffre, mais à Paris aussi, nos conditions de travail se dégradent. Dans les établissements et écoles parisiennes, les personnels sont en souffrance. Le jeudi 3 octobre, nous avons exprimé notre solidarité avec Christine Renon et ses proches mais aussi notre épuisement en nous mettant en grève, en nous rassemblant devant les les établissements et écoles, en apposant des affichages ou en nous réunissant pour mettre des mots sur nos maux.

Heures de réunion qui augmentent de façon exponentielle, travail administratif qui empiète de plus en plus sur la réflexion pédagogique, surabondance de courriels, élèves en souffrance pour lesquel·les nous peinons à trouver des réponses satisfaisantes, médecine du travail inexistante, médecine scolaire qui est en train de disparaître, inclusions à tout va sans réels moyens et formation pour que cela se fasse dans de bonnes conditions, locaux dégradés, infantilisation, injonctions et contrôles incessants qui nous font perdre le sens de notre métier... À la multiplication des tâches inutiles et chronophages s’ajoutent des sentiments de culpabilité et d’insatisfaction : ne pas avoir su ou pu aider des élèves en difficulté, ne pas avoir répondu correctement aux desiderata de l’administration, ne pas avoir pu recevoir une famille dans de bonnes conditions, ne pas avoir lu un mail à temps et ainsi avoir raté l’inscription à un projet, avoir dû passer des heures à faire de la saisie pour qu’un algorithme analyse à notre place les résultats de nos élèves... et ce malgré des journées si remplies que des collègues avouent ne pas toujours trouver le temps d’aller aux toilettes entre 8h30 et 16h30 (cela peut prêter à sourire mais cela revient dans les discours de plusieurs personnes !). Parallèlement à ça, s’est ajoutée depuis 2 ans le refus de nombreuses demandes de temps partiel ou de mises en disponibilité, demandes souvent liées à la pénibilité accrue des conditions de travail. Épuisement physique, frustration de ne pas faire son métier comme on le voudrait, tâches à effectuer qui ne correspondent plus au métier qu’on avait choisi, manque de reconnaissance, contrainte de ne pas pouvoir choisir son temps de travail, ...

À ces difficultés, il faut ajouter la souffrance générée par le fait d’être de plus en plus souvent face à des élèves dans des situations de détresse sociale et/ou psychologique extrême et pour lesquel·les les réponses ne peuvent pas seulement être pédagogiques malgré ce que l’on voudrait nous faire croire. Pour ces enfants et leurs familles il y a de moins en moins de réponses parce que les services publics sont de plus en plus laissés à l’abandon, en perdition.

Les personnels qui travaillent dans les les établissements et écoles, personnels pour lesquels les choix de travailler avec des enfants, de transmettre et partager sont des choix forts, des choix éthiques et politiques, ont de plus en plus de mal à colmater les brèches. Pour compenser le désinvestissement de l’État on nous demande toujours d’en faire plus... Ce plus finissant par aboutir à avoir le sentiment de ne plus faire l’essentiel.

Ces maux ne sont pas réservés au personnel enseignant. On peut ainsi évoquer les agent·es et les AESH, les AED...

Dans de nombreux établissements et écoles parisiennes, les agent·es sont en constant sous effectif. Ils et elles tentent là encore de colmater les brèches, de nettoyer plus de classes et de locaux en toujours moins de temps et avec de moins en moins de bras. Cela a parfois des répercussions lourdes sur leur santé (tendinites, sciatiques, etc.) et leur moral dans un secteur majoritairement féminin et précaire déjà si peu valorisé en terme d’image sociale mais aussi sur l’ensemble de la communauté scolaire, enfants comme adultes, qui vivent parfois dans un environnement très dégradé malgré tous les efforts fournis par les agentes et les agents.

Les AESH, pourtant indispensables à une réelle inclusion, se retrouvent à accompagner plusieurs élèves avec différents handicaps, au mieux dans différentes classes, au pire dans différents établissements. Avec la mutualisation à outrance, il n’y a quasiment plus de notifications horaires, les AESH et les enseignant·es doivent tenter de bidouiller des emplois du temps. Malgré la circulaire de juin 2019 qui voudrait laisser croire à une amélioration des conditions de travail des AESH, le salaire est toujours aussi bas, quand les payes arrivent. En effet, un certain nombre n’ont toujours pas reçu de salaire, certain·es même n’ayant pas eu l’acompte qui leur est pourtant dû. Est-il utile de parler de la formation qui est insuffisante ?
Les AED, en pratique jamais remplacé·es en cas d’absence, doivent s’occuper souvent seul·es d’un trop grand nombre d’élèves qui sont dans tous leurs états, sous la pression de l’école pour des raisons sociales. En bout de chaîne, les AED subissent de plein fouet la pression hiérarchique. Tout cela souvent au détriment de leur santé mentale et physique.

Déjà, en 2013, une étude commandée par le ministère de l’Éducation nationale, menée par Sylvaine Jégo et Clément Guillo (qui excluait pourtant de son champs les agressions sexuelles subies, le manque d’utilisation de la formation, les problèmes d’organisation, de soutien et de coopération, ou l’insécurité financière liée à l’emploi) concluait que les enseignant·es, tout spécialement les enseignantes et plus encore dans le premier degré, avaient une exposition significativement plus élevée que les autres cadres aux risques psychos-sociaux. Les causes identifiées sont d’abord le manque de soutien hiérarchique, puis la forte intensité et la complexité de leur métier et les exigences émotionnelles plus importantes comme pour toutes les personnes travaillant face au public. On peut malheureusement parier sans trop de risque sur le fait que cette situation ne s’est guère améliorée, bien au contraire. Une question s’impose donc : quand prendrez vous la juste mesure de l’urgence ?

Nous ne pouvons pas non plus commencer cette instance sans nous insurger contre les propos tenus par le ministre de l’Éducation nationale qui, emboîtant le pas au président de la République, a appelé à signaler « les petits garçons qui refusent de tenir la main des filles » et a déclaré, après l’agression verbale d’une mère d’élève portant le voile par un élu Rassemblement national au Conseil régional de Bourgogne, que le voile « n’était pas souhaitable dans notre société ». C’est déjà Jean-Michel Blanquer qui, il y a quelques semaines, avait dénoncé publiquement la campagne électorale de la FCPE qui, à l’occasion des élections de parents d’élèves, avait défendu le droit pour toutes les mères d’accompagner les sorties scolaires, y compris les mères portant un voile.

Ces propos, qui s’écartent nettement du cadre réglementaire et stigmatisent directement une catégorie de la population, sont le signe d’une inquiétant dérive qui semble d’ores et déjà se traduire, dans certains établissements scolaires, par un appel à identifier les « signaux faibles » d’une prétendue radicalisation.

Notre question est donc la suivante : quelle est la position de l’Académie concernant ce recensement de « signaux faibles » et quelles sont les consignes qui auraient d’ores et déjà été transmises ?

Rapport de la DEPP Les enseignants face aux risques psychosociaux

Enquête de la DEPP Les enseignants face aux risques psychosociaux

La longue histoire du « malaise enseignant », Laurence De Cock, Libération du 9 octobre 2019

https://www.liberation.fr/france/2019/10/09/la-longue-histoire-du-malaise-enseignant_1756575


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