« Nous sommes dans une situation exceptionnelle qui nécessite des moyens exceptionnels. »

mardi 21 avril 2020
par  Sud éducation Paris
popularité : 1%

Depuis maintenant plus d’un mois, les écoles et les établissements scolaires ne sont ouverts qu’exceptionnellement, pour accueillir les enfants de personnels soignant·es ou de personnels jugé·es indispensables à la gestion de l’épidémie.

Depuis maintenant plus d’un mois, dans un contexte d’urgence sanitaire, les personnels de l’éducation déploient leur engagement professionnel et leur bon sens pour faire face autant que possible aux enjeux du moment, et sont parfois confronté·es à des demandes irraisonnables et non réglementaires de la part de leurs chef·fes de service, qui oublient un peu vite que la continuité du service public d’éducation ne repose, depuis le 16 mars, que sur l’engagement des personnels.

Déclaration de SUD éducation Paris au CTA du 21 avril 2020
À télécharger ici

Rappelons-le une nouvelle fois : les personnels d’éducation qui accueillent des élèves dans les écoles sont volontaires et mettent leur santé en jeu pour cela. Quant aux personnels qui poursuivent leurs fonctions à distance, ils et elles le font là encore volontairement, parce qu’ils et elles se sentent responsables de la mission qui leur est confiée. Ils et elles travaillent en utilisant leur matériel personnel, avec leurs ressources propres, sans compter leurs heures.

Aux inquiétudes générales d’ordre sanitaire s’ajoutent ainsi la crainte du décrochage de leurs élèves et la culpabilisation implicite liée à la communication ministérielle sur la « continuité pédagogique ». Dans cette situation exceptionnelle, il appartient plus que jamais à l’administration de continuer à assurer la sécurité et à protéger la santé des personnels, en veillant notamment à ce que les demandes des chef·fes de service restent limitées et en permettant aux personnels de continuer à pouvoir consigner leurs observations dans des registres de santé et de sécurité.
L’urgence est à la protection de toutes et tous et les risques spécifiques liés à la situation de travail qui s’est imposée à nous depuis le 16 mars ne doivent pas être minimisés.

Il est certain par ailleurs que l’académie de Paris doit savoir que la crise sanitaire en cours et les mesures de confinement ont un impact plus fort dans les zones urbaines denses, telles Paris.
Outre le fait que les cas de Covid-19 et les taux de surmortalité y figurent parmi les plus élevés de France, Paris a la spécificité d’être une métropole où la densité urbaine est très forte (21 258 habitants au km carré, 5 fois plus qu’à Londres, 10 fois plus qu’à Rome et cette densité est beaucoup plus élevée dans le quart Nord Est) et où les loyers extrêmement élevés font que beaucoup de familles vivent dans la promiscuité.

Les conséquences négatives sur l’équilibre psychique des enfants, sur leur rapport aux apprentissages et sur leur rapport aux autres seront plus fortes dans les métropoles qu’ailleurs et il nous faut anticiper cela globalement. La fermeture de 73 classes dont une vingtaine dans des écoles situées en REP ou REP + est donc un très mauvais signal. De plus, la crise sociale et économique qui ne manquera pas de suivre la crise sanitaire va malheureusement toucher en priorité les plus fragiles des familles scolarisées. Ces familles, particulièrement affectées par les mesures de confinement, que ce soit dans les domaines de l’alimentation, de la santé, du logement, du travail, vont donc voir leur situation se dégrader encore un peu plus dans les mois qui viennent. On peut malheureusement imaginer que tout cela va avoir des répercussions sur les apprentissages des enfants.

Dans ce contexte, pour prétendre œuvrer à la réussite de tous les enfants et lutter contre l’échec scolaire, il est indispensable que le Rectorat de Paris revienne sur les fermetures de classes et obtienne du ministère les postes nécessaires pour répondre aux besoins particuliers d’une ville comme Paris.

Au-delà des décisions académiques, les déclarations du Président de la République et du ministre de l’Éducation nationale laissent entendre que l’éducation dans les zones défavorisées et pour les décrocheurs est une priorité. Nous ne laisserons pas croire qu’on pourrait garantir de bonnes conditions d’apprentissage pour ces élèves avec des moyens qui se maintiennent tout juste, particulièrement dans la situation que nous subissons actuellement. Nos élèves et plus largement tous les enfants, méritent mieux que cela. Nous sommes dans une situation exceptionnelle qui nécessite des moyens exceptionnels. Au-delà de l’annulation des fermetures de classes, il apparaît indispensable d’ouvrir des postes, en particulier des postes de Rased.

En effet, les élèves qui bénéficiaient de suivis réguliers pour des troubles des apprentissages et/ou du comportement ne profitent actuellement plus de ces suivis, ou avec une régularité bien moindre. Il est possible que certaines de ces difficultés s’accentuent du fait de cette rupture dans le processus d’accompagnement. les conditions de vie de certains enfants durant la période de confinement auront sans doute un effet négatif sur l’intensité de leur symptômes.

Cette longue période de confinement peut également entraîner le développement de troubles du comportement et/ou des apprentissages chez des élèves qu’il faudra être en mesure de détecter et pour lesquels il faudra trouver des solutions en terme d’accompagnement, remédiation ou soin à la rentrée de septembre 2020.

Les enfants, quel que soit leur établissement d’affectation, pourront avoir vécu des situations traumatisantes qu’il faudra être en mesure de prendre en charge. D’autant qu’à Paris plus qu’ailleurs, les familles de nos élèves auront été touchées par le Covid-19, parfois dramatiquement. Ceci alors que de nombreux scientifiques disent qu’il nous faudra vivre encore pour plusieurs mois, au-delà de la rentrée de septembre, avec le Covid-19.

L’administration doit donc tenir compte des difficultés à anticiper ce que sera cette rentrée particulière. Nous demandons, pour que l’année 2020-2021 puisse se dérouler dans les meilleures conditions dans chaque école :

  • l’emploi de personnels AESH, la création de postes de personnels enseignants du Rased, de médecins scolaires, de psychologues scolaires et l’ouverture de dispositifs Ulis et UPE2A, afin de couvrir tous les besoins d’aides spécifiques des élèves sur le temps scolaire,
  • le maintien de tous les postes de personnels enseignants chargés de classe dans l’académie de Paris, des créations de postes et ouvertures de classes pour permettre l’accompagnement de chaque élève dans sa scolarité
  • le rétablissement de postes surnuméraires pour favoriser les petits groupes de travail et la co-réflexion pédagogique entre collègues
  • l’augmentation du nombre de postes de remplaçant.es titulaires, afin de pourvoir aux remplacements nécessaires tout au long de l’année scolaire

Enfin, il nous paraît indispensable que les collectivités territoriales développent à la fois l’assistance sociale pour les élèves et leurs familles et que ces collectivités recrutent des agents techniques pour garantir un nettoyage régulier des locaux.

Il semble en effet irréaliste d’envisager une reprise des enseignements dans les écoles et les établissements scolaires sans que les personnels et les parents d’élèves aient l’assurance que des moyens de prévention et de protection à la hauteur des enjeux sanitaires seront mis en œuvre, parmi lesquels des dépistages réguliers, un plan de suivi organisé par une médecine de prévention en mesure d’assurer ses missions et la mise à disposition de masques et de gels hydro-alcooliques.

Déclaration de l’intersyndicale de la voie professionnelle au CTA du 21 avril 2020

Déclaration IS LP CTA du 21 avril 2020

Annonces

Pratique







PNG