Toux au travail crève générale

lundi 31 août 2020
par  Sud éducation Paris
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Réformes éducatives bancales et iniques, attaques contre le système des retraites, confinement et protocoles sanitaires de déconfinement ubuesques, campagne de dénigrement des enseignant·es… Si l’année 2019-2020 a été éprouvante pour l’ensemble des personnels de l’éducation, celle qui s’amorce commence elle aussi sur les chapeaux de roue.

Tract de rentrée de SUD éducation Paris
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Une rentrée dans l’inquiétude

Si, suite au remaniement ministériel, Jean-Michel Blanquer n’a pas pu accéder au poste de ministre de l’intérieur, c’est pour assurer une toute autre continuité que pédagogique : le projet qu’il continue à mettre en œuvre, c’est celui d’une école-entreprise et cela passe par la mise au pas de la communauté enseignante. L’ambition de Blanquer, malgré ses insinuations, est d’intégrer pleinement l’école dans le système capitaliste.

De fait la rentrée 2020-2021 n’est pas à la hauteur des attentes et inquiétudes des personnels. L’État met au second plan la santé et la sécurité des personnels et des élèves pour de basses questions budgétaires. En témoignent les récents propos du ministre sur le fait que les masques seraient des fournitures scolaires comme les autres. À la charge des familles d’en faire l’achat, le ministère n’ayant pas l’intention d’en fournir. Plus largement, le protocole sanitaire ne répond ni à un nécessaire principe de précaution ni aux découvertes récentes sur l’aérolisation du virus ou sur le potentiel plus ou moins contaminant des enfants.

À Paris, le manque d’espace dans les écoles et établissements scolaires est criant et la distanciation physique ne pourra être respectée. Qu’importe, elle a été enlevée du protocole, qu’on soit en zone verte ou rouge, comme d’ailleurs tout ce qui impliquerait pour l’État d’attribuer des moyens supplémentaires conséquents. L’école de la confiance, c’est l’école du « débrouillez-vous », de l’improvisation permanente décomplexée et du désengagement de l’État.

Les personnels vulnérables laissé·es pour compte

Dans ce « sauve qui peut » général –une constante des logiques capitalistes– les plus fragiles sont les grand·es oublié·es. Ainsi personnels et élèves vulnérables au coronavirus savent seulement depuis le jeudi 27 août ce qui est prévu pour elles/eux : retour physique à l’école sans dispositifs spécifiques de protection adéquats, c’est à dire sans masques FFP2. Ces personnels auront des masques chirurgicaux catégorie 2, ceux dont disposaient les écoles de Paris entre le 11 mai et le 22 juin et qui ne constituent pas une protection sûre face à un public non masqué. Les autres personnels n’auront plus un accès gratuit à ces masques mais se verront octroyer des masques en tissu lavables 20 fois. Ces masques sont les moins efficaces, mais bon, ils sont moins chers. La vulnérabilité des êtres humains n’est, pour celles et ceux qui nous gouvernent et leurs sbires qu’une variable d’ajustement parmi d’autres.

De toute façon, pourquoi s’inquiéter ? Dans les médias via lesquels nous apprendrions désormais nos missions, le ministre pérore sur le protocole et sur l’organisation de l’école française face à la Covid-19, qui serait l’une des meilleures au monde. S’il y a bien une continuité, c’est celle de la démagogie de Blanquer ! Les personnels ont dû se débrouiller seul·es, sans matériel fourni ni formation et dans plusieurs cas, notamment en REP, face à des élèves dans des situations sociales où le premier problème n’était pas la continuité pédagogique mais la suffisance alimentaire.

Un ministre toujours atteint d’une « évaluationnite » aiguë

Sur le plan pédagogique, rien de nouveau : le ministre, fidèle à ses marottes neuro-scientifiques, donne dans l’évaluationnite avec des évaluations nationales renforcées et des outils de positionnement sur les niveaux de compétences des élèves. Encore une fois, c’est une volonté d’uniformiser et de mettre au pas les pratiques pédagogiques.

Quant aux besoins humains : suppressions de postes et recours à des personnels précaires afin d’assurer des missions d’enseignement, notamment des AED en pré-professionalisation, des appelé·es au SNU ou des animateurs·trices du temps périscolaire. D’ailleurs aucun poste supplémentaire n’a été prévu pour faire face à un éventuel surcroît d’absences dû à la Covid. Toutes et tous au boulot on a dit !

Aesh : une rentrée sous PIAL ?

Concernant l’accueil des élèves en situation de handicap, le personnel AESH se voit encore davantage précarisé avec la généralisation des PIAL. Plus d’élèves en charge, interventions dans plusieurs écoles et établissements… au nom de la mutualisation, nouveau synonyme du mot économie, pour pas un centime de plus, les AESH vont voir leur charge de travail s’alourdir et continuer à être exclu·es des équipes pédagogiques si leurs lieux de travail se multiplient.

La nouvelle école en marche

À Paris, la nomination de Christophe Kerrero, l’ancien directeur de cabinet de Blanquer en tant que recteur de l’académie n’est pas pour nous rassurer. Kerrero est au conseil scientifique de l’Ifrap, un think tank qui s’évertue à saper les bases de la fonction publique. Au sein de ce lobby, il a proposé, entre autres, de payer les professeur·es à la performance ou de renforcer l’autonomie des établissements. Plutôt le profil d’un fossoyeur du service public d’éducation que celui d’un recteur au service de l’école…

Rendre dociles les personnels, renforcer le poids et les pouvoirs de la hiérarchie (en essayant aussi, dans le premier degré, de créer statut de directeur·trice d’école), adopter les techniques de management de l’entreprise, la continuité idéologique est là et il n’y a pas d’après confinement alors que la crise sanitaire en a montré la nécessité.

Ainsi, dans l’éducation, la dégradation des conditions de travail, la précarisation des personnels et la baisse des moyens se poursuivent. Ainsi, le gouvernement remanié, la réforme des retraites a été remise sur le tapis. Ainsi, le Ségur de la santé laisse l’hôpital public dans une situation critique. Le privé présage ce qui pourrait arriver dans la fonction publique.

Dans la logique de la casse du droit du travail et des droits des travailleurs·euses, les accords performance collective permettent déjà dans les entreprises de réduire les salaires et d’augmenter le temps de travail ; tout cela en brandissant la menace d’une crise économique et de la perte d’emploi.

Dans un contexte social déjà tendu, marqué par les violences policières visant particulièrement les personnes racisé·es et un accroissement des inégalités, la politique libérale continue à œuvrer. Il ne tient qu’à nous que cela change : dans les écoles et établissements, dans les arrondissements, il faut se réunir pour parler de nos conditions de travail, de notre protection et plus largement de l’école et de la société que nous voulons, puis prendre nos propres décisions.

SUD éducation Paris a toujours soutenu et continuera de soutenir ce qui permettra l’émergence d’un mouvement de travailleurs et travailleuses qui lutte pour l’émancipation et la justice sociale.

Ce n’est que par notre réflexion et nos actions collectives que nous obtiendrons un rapport de force favorable. N’hésitez pas à nous contacter et à participer à notre AG de rentrée ouverte aux sympathisant·es !

Organisons-nous pour obtenir :
► le droit pour les personnels vulnérables à la Covid à continuer à bénéficier d’une autorisation d’absence s’ils et elles en font la demande ;
► des équipements de protection individuelle (masques FFP2) et de protection collective en quantité suffisante ;
► le recrutement de personnels remplaçant·es en nombre suffisant pour permettre aux personnels vulnérables de ne pas s’exposer et pour pallier les absences ;
► le recrutement de personnels territoriaux pour permettre un nettoyage et une désinfection régulière des locaux sans surcharge de travail ;
► la création de postes de personnels d’éducation dédié·es à l’accompagnement et au suivi des élèves qui en ont le plus besoin ;
► la suppression du jour de carence.


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