PIAL : la parole aux AESH - Bilan et analyse de l’enquête de SUD éducation Paris

lundi 5 octobre 2020
par  Sud éducation Paris
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Il y a deux semaines SUD éducation Paris a lancé une enquête en ligne sur les conditions de rentrée des accompagnant·es des élèves en situation de handicap dans l’académie de Paris.
En premier lieu, le syndicat tient à remercier les 288 collègues qui, à ce jour, ont renseigné le questionnaire. Ces réponses couvrent 85 PIAL.
Cette enquête s’attachait spécifiquement aux conditions de rentrée des AESH dans le cadre de la généralisation des PIAL (Pôles inclusifs d’accompagnement localisé) décidée par le rectorat de Paris à la fin de l’année dernière, ainsi qu’aux garanties sanitaires données aux collègues. En voici les premiers résultats ainsi qu’une analyse.

PIAL : la parole aux AESH
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Des garanties sanitaires insuffisantes

Au sortir du confinement il avait fallu batailler pour que les AESH puissent obtenir du matériel de protection spécifique (visières et sur-blouses notamment). Nous sommes particulièrement exposé·es du fait de l’impossibilité d’appliquer certains gestes barrière comme la distanciation physique, sans parler des collègues qui doivent pratiquer des gestes spécifiques dans le cadre de leurs missions.

Des masques de type grand public (masques en tissu très peu protecteurs) devaient être distribués à l’ensemble des personnels des écoles et établissements à la rentrée. 34 % des collègues qui ont répondu à l’enquête disent ne pas en avoir reçu. Depuis la rentrée le syndicat a été sollicité par plusieurs équipes n’ayant pas eu ces fameux masques. Quand au matériel de protection spécifique, bien que SUD ait interpellé le rectorat à plusieurs reprises depuis la rentrée, il est quasiment inexistant puisque seulement 21 % des collègues disent en avoir reçu.

Pourtant, dans le cadre de la crise sanitaire que nous vivons actuellement, l’employeur à une obligation légale de protection des travailleur·euses. Le rectorat doit fournir le matériel nécessaire (masques plus protecteurs, visières), informer l’ensemble des accompagnant·es de la procédure pour en bénéficier et proposer du matériel adapté aux besoins (sur-blouses, masques transparents, gants, etc.).

Membre à part entière de la communauté éducative ?

40 % des collègues n’ont pas été invité·es à la pré-rentrée ; 49 % n’ont reçu aucune information sur le fonctionnement de l’école ou de l’établissement dans lequel elles·ils travaillent ; 36 % déclarent n’avoir eu ni casier, ni code de la photocopieuses, ni clés des toilettes pour adultes.

Il ne suffit pas de l’écrire dans une circulaire pour que les AESH soient considéré·es d’un coup comme « membre à part entière de la communauté éducative ». D’ailleurs, seul·es 34 % des accompagnant·es qui ont répondu à l’enquête disent se sentir faire pleinement partie des équipes éducatives. Les conditions d’exploitation salariale (salaire, temps de travail) ne font que renforcer ce sentiment.

L’accès aux informations et documents nécessaires à l’accompagnement n’est toujours pas respecté puisque seulement 16 % des collègues ont eu accès aux GEVASCO de l’ensemble des élèves accompagné·es. Les réunions de présentation entre les AESH, les élèves, leur famille et les équipes pédagogiques n’ont eu lieu que dans 13 % des cas.

Mise en place des PIAL : le grand n’importe quoi !

La généralisation des PIAL dans l’académie de Paris s’est faite en toute discrétion. Mis à part un courrier laconique du Directeur d’académie adressé aux AESH par mail le 21 juillet dernier, aucune information n’a été faite par le rectorat et le Service de l’école inclusive alors qu’il s’agit d’une réorganisation de grande ampleur ayant des conséquences directes sur les conditions de travail. Les affectations, reçues le 17 juillet, quant ce n’est pas plus tard, mentionnaient ces PIAL sans plus d’explications.

Des réunions d’installation des PIAL devaient se tenir dès la rentrée, or elles n’ont eu lieu que dans 3 PIAL sur 5, et souvent bien après le 1er septembre.

Nous ne sommes pas surpris·es par cette situation. Elle est révélatrice de la place qui est faite aux AESH : celle d’une position subalterne d’exécutant·es pur·es. On ne nous donne pas les informations car on considère que nous n’avons pas besoin de les connaître. Nous sommes géré·es d’en haut comme une variable d’ajustement de la politique de l’école inclusive.

Lors de l’expérimentation de la mise en place des PIAL menée sur l’année 2019-2020, les chef·es du rectorat annonçaient fièrement qu’ils·elles avaient choisi de nommer des AESH pour coordonner ces PIAL ; que c’était audacieux et valorisant pour les accompagnant·es. Ne nous y trompons pas ! Les coordinatrice·teurs de PIAL sont souvent seul·es à gérer, chef·fes d’établissement et IEN de circonscription ne souhaitant pas s’encombrer d’une tâche supplémentaire. Elles et ils se retrouvent donc à effectuer des tâches de gestion et de contrôle de leurs collègues, de surcroît sans la rémunération conséquente. Il n’y a ni valorisation, ni reconnaissance là-dedans, c’est un double jackpot pour le rectorat qui créé une hiérarchie entre les AESH sans avoir à débourser plus d’argent que cela.

Certain·es collègues se sont vu imposer ces tâches, d’autres ont accepté pensant bien faire, d’autres pour augmenter leur temps de travail et donc leur rémunération. Il n’y a aucune obligation à effectuer ces missions. Nous appelons les collègues à refuser et à démissionner de leurs missions de coordination : laissons les décisionnaires se débrouiller !

Certaines situations décrites à travers les réponses à notre enquête nous paraissent inquiétantes quant au respect des droits des AESH :

- Si cela reste -pour l’instant- marginal, plusieurs collègues ont indiqué qu’elles·ils accompagnaient 5, 6 (ou plus) élèves. Nous nous demandons quelle vision de notre métier et de l’accompagnement a le·la pilote du PIAL qui a imposé ça… Ce sont des conditions de travail pour les collègues et des conditions d’accompagnement pour les élèves qui ne sont pas acceptables. Nous appelons les AESH qui se retrouvent dans ces situations à nous contacter pour que nous les fassions remonter au rectorat.

- La majorité des collègues qui ont indiqué qu’elles·ils devaient effectuer des déplacements entre deux lieux d’exercice sur une même journée, indiquent également que ce temps de trajet n’est pas pris en compte dans leur temps de travail, or cela doit être le cas et il ne peut être confondu avec le temps de pause méridienne. Nous appelons, là aussi, les AESH à nous contacter. La prise en compte du temps de déplacement dans le temps de travail est un droit, il doit être appliqué !

- Plusieurs réunions de mise en place du PIAL semblent avoir eu lieu en amont de la pré-rentrée, pendant les vacances scolaires, au prétexte que les collègues devraient des heures. D’autres collègues ont indiqué que les heures connexes de leur contrat de travail ont été réparties sur 36 semaines. Aucune réunion ne peut être organisée pendant les congés, pas plus que les heures connexes ne peuvent être re-réparties sur 36 semaines. Ces heures connexes sont à notre libre organisation et elles doivent pouvoir servir aussi bien aux réunions qu’à la préparation, aux échanges informels, etc.

Et maintenant ?

Le constat est là, il est chiffré et documenté. Nous ne pouvons pas nous contenter de constater et sombrer dans la fatalité. C’est le sens de l’action syndicale de SUD éducation Paris : permettre aux collègues de connaître leurs droits, les défendre face aux abus de la hiérarchie, soutenir et impulser des mobilisations. Depuis plusieurs années maintenant des AESH s’organisent au sein de collectifs de lutte pour améliorer les conditions de travail et en finir avec la précarité. Notre reconnaissance éducative et pédagogique ne passera que par la création d’un vrai statut, offrant des garanties en terme de salaire, de conditions de travail, de formation.

Pour cela SUD éducation Paris revendique :
- la création d’un statut de fonctionnaire et la titularisation des AESH en exercice, sans conditions ;
- des augmentations de salaires et une baisse du temps de travail ;
- des moyens pour une véritable formation, initiale et continue, rémunérée et sur temps de travail ;
- l’abandon des PIAL, l’arrêt de la mutualisation accrue, des affectations respectueuses des conditions de travail des AESH et d’accompagnement des élèves.

SUD éducation Paris appelle les collègues à participer aux mobilisations qui vont s’organiser dans les prochains mois. À nous de construire un rapport de force conséquent !


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