Agressions sexuelles : il est temps d’écouter la parole des élèves !

jeudi 13 mai 2021
par  Sud éducation Paris
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Le lundi 10 mai, des personnels du collège Roland Dorgelès ont exercé leur droit de grève pour s’émouvoir de la suspension d’un professeur de l’établissement ayant fait l’objet d’une accusation d’agression sexuelle sur une élève. Une partie des personnels qui ont fait grève n’avaient reçu aucune information de la direction de leur établissement et ignoraient tout du cadre dans lequel cette suspension avait été décidée puis prolongée.

Dans le même temps, d’autres personnels ont fait part de leur indignation face à ce mouvement de grève et ont questionné l’absence de protocole pour prendre en compte la parole des élèves et leur apporter un soutien psychologique. Les personnels qui se sont ainsi exprimé·es ne sauraient faire l’objet de pressions et leur inquiétude concernant les élèves doit être écoutée.

Mercredi 12 mai, des collégien·nes, ancien·nes élèves et parents se sont rassemblé·es devant l’établissement pour apporter leur soutien à leurs camarades. Une lettre d’ancien·nes élèves de l’établissement a été lue. La réponse de l’administration a été d’envoyer la police qui a débloqué les entrées de l’établissement. Cette intervention policière est une honte absolue !

Écouter la parole des élèves

Cette situation nous amène à penser que tant au niveau de la prise en considération de la parole des élèves, qui rappellent avoir signalé des agissements depuis des années, que de l’information et la communication institutionnelle en direction des personnels, des élèves et de leurs familles, rien n’a su être mis en place par l’institution. Si la volonté de l’académie et de la direction de l’établissement était de ne pas interférer avec l’enquête de police en cours, il nous semble que le refus de communiquer n’est pas la réaction la plus appropriée dans de telles situations. Il aurait été plus judicieux de mettre en place une cellule d’écoute des personnels et des élèves avec l’aide de professionnel·les qualifié·es, en rappelant les moyens qui permettent de signaler les faits graves dont les élèves ou les personnels pourraient avoir connaissance.

Nous observons avec consternation que la salutaire libération de la parole, qui permet aujourd’hui à de nombreuses et nombreux élèves de s’exprimer, est révélatrice d’un attentisme préjudiciable de la part de l’institution.

Quand la parole se libère avec autant de véhémence, c’est qu’elle a trop longtemps été contrainte au silence. Il est temps d’écouter cette parole.

Agressions sexuelles : il est temps d’écouter la parole des élèves !
Communiqué à télécharger

Une absence de formation des personnels de l’éducation

Au-delà de cette situation particulière, SUD éducation Paris continuera de pointer le manque de moyens couramment alloués par les autorités de l’Éducation nationale contre les violences sexistes et sexuelles. Nous dénonçons l’absence complète de formation professionnelle des personnels d’éducation à l’écoute des élèves victimes de violences sexistes et sexuelles. Nous ne sommes pas formé·es à écouter, nous ne sommes pas formé·es à agir alors que la sensibilisation, la prévention et la détection de ces violences font partie de nos missions. Et ce sont les victimes qui en paient le prix.

Aujourd’hui, plus que jamais, il est nécessaire de mettre en œuvre au delà des simples obligations légales existantes, pourtant bafouées, une politique ambitieuse de prévention des violences sexistes et sexuelles et d’écoute des victimes.
Plus de 345 000 élèves prennent chaque jour le chemin de l’école. Parmi ces élèves, nous n’osons imaginer le nombre de celles et ceux qui se taisent et n’osent pas parler.

En tant que personnels d’éducation, c’est de notre devoir de savoir écouter, de savoir réagir. Et c’est du devoir de notre employeur de nous y former.

Violences sexuelles et sexistes, harcèlement sexuel... l’Éducation nationale doit prendre ses responsabilités !

Lettre ouverte signée par 183 ancien-nes élèves du collège Roland Dorgelès

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