Dans les lycées, résistons au Plan Local d’Évaluation !

lundi 18 octobre 2021
par  Sud éducation Paris
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Dans sa réforme du lycée datant de 2019, le ministère a supprimé en grande partie les épreuves nationales que constituaient le bac, et généralisé, après l’échec puis l’abandon des E3C et deux années de COVID, le contrôle continu.

Depuis la rentrée 2021, les notes des bulletins scolaires comptent pour 40% de la note du bac, cela étant applicable pour le bac 2023 avec la prise en compte des notes de première dès cette année.

Cette forte place au contrôle continu, ainsi que la place prise par Parcoursup, qui institue toujours plus de concurrence entre les élèves puisque les places à l’Université sont devenues limitées, entraînent une importance de l’évaluation de l’élève sur le cycle terminal énorme.

Cette place de l’évaluation, qui est continue pour les élèves, est extrêmement anxiogène pour nos élèves et leur famille. Ce stress se répercute sur les enseignant·es, auxquels les familles demandent de plus en plus de compte.

À ces deux réformes mises en place, Parcoursup et la réforme du lycée, et après le scandale de l’harmonisation du bac 2021, le ministère ne répond que par une contrainte supplémentaire pour les enseignant·es : le PLE (plan local d’évaluation). Les enseignant·es du cycle terminal au lycée sont désormais contraint·es de présenter au CA et au CVL (conseil de la vie lycéenne) un cadre commun pour l’évaluation, propre à chaque établissement.

Cette réponse du ministère ne règle pourtant aucun des problèmes rencontrés. Aucun crédit supplémentaire n’a été accordé aux universités pour ouvrir plus de place et mettre fin à la concurrence à l’entrée dans le supérieur, faisant de Parcoursup une véritable épreuve du combattant pour les élèves et leur famille. Elle ne joue pas non plus les différences de notation inter établissement, ni même intra établissement. Le PLE n’est qu’une étape supplémentaire vers le contrôle des pratiques pédagogiques des enseignant·es.

Le PLE se met ainsi en place dans les lycées depuis début septembre : convocation de plénières, conseils d’enseignement organisés sur deux demi-journées banalisées, et remontée en conseil pédagogique du document final qui sera présenté au CVL et au CA dès le mois d’octobre pour certains établissements. En parallèle, le ministère sort son guide de l’évaluation qui concerne l’ensemble des disciplines, français et philosophie compris, pourtant évaluées uniquement par une épreuve terminale. Les inspections convoquent des enseignant·es chargé·es de porter la bonne parole du ministère et imposant le guide de l’évaluation pour cadre. Un document présenté par les chef·fes d’établissement définit les incontournables du cadre : la fréquence des notes y est à définir, les trois enseignements de spécialité doivent être régis par un même cadre, le nombre minimal de notes annuelles doit être établi, permettant à l’élève, en deçà de ce seuil, de passer une épreuve ponctuelle dont la note remplacera au contrôle continu la moyenne des moyennes. Une épreuve finale en somme.

Face à cette nouvelle attaque contre notre liberté pédagogique et face à ce que permet un tel cadre (contrôle plus grand de la hiérarchie et des familles, mise en place d’une ossature pour un passage du bac en contrôle continu), il est indispensable d’agir collectivement. Et de réaffirmer notre opposition aux réformes ministérielles, dont la réforme du lycée et Parcoursup.

Dans les lycées, résistons au Plan Local d’Évaluation !
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Bilan d’étape de la résistance à Maurice Ravel

Ou plutôt victoire d’étape puisque le projet pour l’instant n’a pas vu le jour. Le conseil pédagogique boycotté a été annulé faute de participants et le point qui devait permettre de l’entériner au conseil d’administration et de le présenter aux représentants des parents d’élèves a été retiré par la direction !

Bilan d’étape de la résistance à Maurice Ravel

Résister au PLE

Les textes prévoient une construction du PLE au début de l’année dans le but de le présenter au conseil d’administration ainsi qu’aux parents d’élèves.
L’administration a décidé d’aller très vite : les chef⋅es d’établissement convoquent d’ores et déjà les conseils pédagogiques avec le PLE dans l’ordre du jour. Bien souvent, il y est indiqué que les IPR viendront y porter la parole ministérielle. L’organisation précipitée a pour but d’empêcher les syndicats d’informer pleinement les enseignant⋅es des risques liés au PLE. De même, l’administration sera tentée de faire passer le PLE en CA avant les élections au Conseil d’administration. Il faut s’y opposer.

Comment agir ?

Sachant que le PLE est présenté préparé en Conseil Pédagogique puis « présenté » au CA, une instance où sont représenté⋅es les élèves et les parents, il est impératif de ne pas s’imposer des contraintes, car les parents peuvent exiger des justifications de la part des professeur⋅es.

Attention :

1. Le conseil pédagogique, institué par l’article L421-5 du code de l’éducation, n’a vocation à « valider » aucune décision qui s’impose aux personnels.
2. Le PLE doit être “présenté” au CA. Cela signifie qu’il faut en écarter toutes les tournures qui contraindraient l’équipe pédagogique.

→ Il faut donc, dans la rédaction, imposer des tournures de phrases du type :
“dans la mesure du possible” ;
“les enseignant⋅es peuvent…” ;
“un devoir commun pourra être organisé” (et non « devra »)…

→ Il faut éviter d’indiquer un nombre déterminé d’évaluations et leur type : tout doit être conditionné aux possibilités des enseignant⋅es, et ne pas conduire à une nouvelle dégradation des conditions de travail.

→ Le PLE doit permettre le droit à l’expérimentation pédagogique des équipes, par exemple par discipline.

→ Le PLE doit rappeler que les enseignant⋅es sont chargé⋅es de leur mission dans le cadre de leur liberté pédagogique : nous ne sommes pas des exécutant⋅es !

→ le PLE ne doit en aucun cas être intégré au projet d’établissement ou au Règlement intérieur ! Cela reviendrait à le valider.

Lors des conseils pédagogiques, il ne faut pas hésiter à mettre les corps d’inspection en face de leurs responsabilités : ils et elles étaient aux abonné⋅es absent⋅es ces dernières années quand les personnels étaient livrés à eux-mêmes lors des épreuves du baccalauréat. Maintenant que sort une nouvelle injonction ministérielle, voici qu’ils et elles font les tours des établissements ! Ce mépris pour les personnels est inacceptable.

Référence : la circulaire du 28 juillet 2021

Les moyennes annuelles retenues pour les candidats scolaires au titre des enseignements ne faisant pas l’objet d’une épreuve terminale, qu’il s’agisse des enseignements obligatoires ou d’enseignements optionnels, et les notes obtenues par les candidats individuels aux évaluations ponctuelles organisées dans ces mêmes enseignements sont transmises à une commission d’harmonisation.
Présidée par le recteur d’académie ou le représentant qu’il désigne, cette commission est mise en place dans chaque académie. Elle est composée d’inspecteurs d’académie-inspecteurs pédagogiques régionaux et de professeurs de l’enseignement public ou privé sous contrat, nommés par le recteur d’académie pour chaque session du baccalauréat. Elle se réunit à la fin de chaque année scolaire du cycle terminal.
Elle prend connaissance des résultats présentés au baccalauréat par les candidats dans les enseignements ne faisant pas l’objet d’une épreuve terminale (moyennes annuelles ou notes d’évaluations ponctuelles) et procède si nécessaire à leur harmonisation notamment dans trois cas constatés de discordance manifeste :
- entre la moyenne annuelle obtenue par les élèves d’un même établissement dans un enseignement et la moyenne annuelle des résultats obtenus par l’ensemble des élèves de l’académie dans ce même enseignement ;
- entre la moyenne des notes attribuées dans le cadre des évaluations ponctuelles pour un sujet donné à un lot de copies et la moyenne académique pour ce même sujet ;
- entre la moyenne des notes attribuées dans le cadre des évaluations ponctuelles pour un sujet donné et la moyenne académique des notes attribuées pour l’ensemble des sujets portant sur le même enseignement.
Cette harmonisation peut être réalisée à la hausse comme à la baisse.

→ Les évaluations ponctuelles pour un sujet donné ne sont pas obligatoires. La base nationale de sujets n’est même pas mentionnée ici, même si elle apparaît dans le « guide de l’évaluation » paru sur Eduscol. La comparaison avec la moyenne académique dans une discipline peut servir de seul critère d’harmonisation.

La valeur certificative ainsi conférée à ces moyennes implique que l’équipe pédagogique conduise au préalable une réflexion au sein de chaque établissement, avec l’appui des inspecteurs d’académie-inspecteurs pédagogiques régionaux référents, afin de définir un projet d’évaluation.

→ Le contenu de ce PLE n’est pas déterminé par la circulaire : il ne faut donc pas hésiter à le rappeler à la hiérarchie lorsqu’elle essaiera d’imposer des formes déterminées par le guide de l’évaluation du ministère qui n’a lui aucune autre valeur que de “préconisation”.


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