Déclaration liminaire pour la CAPA PRCE du 6 mars 2009.

vendredi 6 mars 2009
par  sud75
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L’installation, ce jour, de la CAPA des certifiés s’inscrit dans une pléthore de réunions académiques symptomatiques de la division des personnels en catégories multiples. Riche en élections professionnelles, la période écoulée traduit cependant moins une volonté démocratique qu’elle illustre de fait le vieil adage selon lequel diviser pour régner est encore la meilleure des solutions quand on veut briser les résistances à une politique d’éducation qui, elle, n’est pas catégorielle mais bel et bien globale.

Or, de la vieille division en catégories au démantèlement de l’éducation nationale, un pas a déjà été franchi. L’exclusion par la loi de décentralisation de 2003 de toute une catégorie de personnel de l’éducation est dorénavant effective depuis janvier de cette année. Les TOS passés à la gestion des collectivités territoriales ont, eux aussi voté dans le cadre des élections des commissions paritaires du département dans les collèges, et de la région dans les lycées. Cet éclatement de l’éducation entre fonction publique d’état et fonction publique territoriale est le produit d’un consensus politique mais non syndical. Sud éducation s’oppose à la loi de décentralisation parce qu’au-delà des catégories de personnels, elle accentue la division en diversifiant les statuts et les situations professionnelles. Elle fragilise les personnels face à une hiérarchie dorénavant double et de plus en plus autoritaire. Cette mesure préfigure la désintégration de l’éducation nationale au profit d’une gestion locale qui se dessine déjà au travers des contrats d’objectifs passés entre les établissements du second degré et leur collectivité locale de tutelle. Depuis cette année, une part non négligeable du financement des activités des établissements dépend des priorités du patronat de région et de la nature du bassin d’emploi.

De la décentralisation d’une partie des personnels à la gestion locale de tous les autres, c’est un autre pas que la politique d’éducation se prépare à franchir. La masterisation et la contractualisation de l’embauche des enseignants, outre le fait qu’elles permettent un contournement statutaire, ouvrent la voie au recrutement local et arbitraire de personnels chargés d’enseigner comme c’est déjà le cas pour les AED, vacataires et divers personnels précaires.

À la division soigneusement entretenue des personnels et à l’éclatement de l’éducation nationale s’ajoute une opération de dégraissage massif : 11 200 suppressions de postes l’année dernière, 13 500 cette année, 80 000 d’ ici 2012. Il est clair que l’entreprise politique actuelle consiste à éradiquer toute possibilité d’offre publique d’éducation égalitaire et unifiée en la faisant dépendre de priorités économiques. Cette offensive est confortée par la mise en place concomitante de l’autonomie des établissements et de son corollaire concurrentiel. Face à la peau de chagrin de l’emploi titulaire dans l’éducation, la dernière décision provocatrice du ministère érige la précarité en principe d’embauche et annonce la création de 5 000 emplois aidés pour soit disant lutter contre l’absentéisme, on se demande bien comment, alors que les personnels formés et titulaires ont été systématiquement écartés.

La contre-réforme des lycées proposée par M. Darcos, récemment contraint par les lycéens à opérer un repli tactique, est une tentative d’ajustement sélectif aux exigences de formation utilitariste d’une élite restreinte de l’organisation des lycées généraux et technologiques. Le tri social des élèves est déjà largement opérationnel entre lycées généraux et technologiques d’un côté et lycées professionnels et centres d’apprentissage de l’autre. Le bac professionnel en trois ans est une mesure d’économie sélective, qui est bel et bien effective dès cette année. La contre-réforme des lycées, qui cache mal, derrière le rideau quasi transparent d’une soit disant aide aux élèves en difficulté l’audace réactionnaire d’une politique de classe, est déjà à l’œuvre, et le recul du ministère, s’il n’est que tactique, n’est aussi que partiel. La désecteurisation confirme bien cette volonté de protéger l’élite sociale à l’école.
Si cette contre-réforme n’est pas combattue, cela reviendra à réserver à ceux qui en ont les moyens hors-cadre scolaire, d’être des consommateurs avertis d’école et de se saisir des meilleures positions sociales au détriment des enfants des couches défavorisées. Les lycées version Darcos peaufineront la fonction des collèges déjà tenus de jouer le rôle de gare de triage, grâce au raffinement de l’orientation précoce et à la mise en place de l’option de découverte professionnelle.

Le leurre de l’autocritique ministérielle, reconnaissant publiquement un manque de concertation, est une tentative pour allécher ceux qui voudront bien se laisser illusionner par la magie anesthésiante d’une vaste opération de communication, déguisée en consultation nationale, et dont la précédente expérience à l’occasion du rapport Thélot avait clairement révélé le caractère de farce manipulatrice.
Cette année encore, les DHG frappent durement par de nombreuses fermetures de classes et d’options, des réductions de dotation en heures d’enseignement et un afflux d’heures supplémentaires. Les horaires sont au plancher quand ceux-ci sont encore respectés, les enseignants sont sur plusieurs établissements, les compléments de service et les groupements d’heures se multiplient, et les établissements ne conservent finalement qu’une partie de leurs enseignants à temps plein. Vidés de leurs professionnels d’accompagnement pédagogique, social et médical, ils fonctionnent avec un nombre toujours plus grand de précaires, que ce soient les AED, les personnels administratifs ou les ouvriers.

Les résistances à ces contre-réformes du système d’éducation se multiplient. Les lycéens, les étudiants, les enseignants chercheurs et la quasi-totalité des universités s’opposent à ce qu’enseignement rime avec rentabilité économique et employabilité. Les logiques entrepreneuriales d’évaluation des personnels et des établissements, comme des élèves dès leur plus jeune âge, complètent la panoplie des mesures déstructurantes.

Le triste modèle anglo-saxon qui a séduit l’Europe de l’éducation conduit droit dans l’impasse de la gestion privée où école rime avec vide culturel, apprentissage avec rentabilité et formation avec docilité et employabilité. De la même manière que la théorie de la libre entreprise et de l’auto régulation des marchés conduisent à la faillite et à la catastrophe sociale, les choix européens de Lisbonne mis en œuvre par le gouvernement en matière d’éducation condamnent le service public, favorisent la privatisation et font dépendre l’école des volontés patronales.

Cette nouvelle parité s’installe dans le contexte particulier de la remise en cause du rôle des commissions paritaires par le court-circuitage de leur mission. SUD éducation dénonce l’arbitraire quelque qu’il soit. Nous sommes partie prenante de la pétition intersyndicale contre l’arbitraire en ligne à l’adresse http://www.mutations2009.org.

Déclaration liminaire à la FPMA sur le mouvement des 4 et 5 juin 2009


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