Journal n°282 - 27 septembre 2018 - La tronçonneuse Blanquer

mardi 2 octobre 2018
par  Sud éducation Paris
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Journal n°282 - 27 septembre 2018

Édito : Attention, attention ! Annonces de notre Jean-Mi ministériel !

Avec l’art et la manière d’un Édouard Philippe annonçant le gel de certaines prestations sociales ! Attention, attention, la rentrée gouvernementale se présente comme la digne suite de la politique antisociale et entêtée depuis le début de ce quinquennat. Alors ? Quelles nouvelles ?

1800 postes supprimés, dont 400 d’administratifs ; une augmentation des salaires de 1000 euros par an par le biais d’heures supplémentaires, dont deux heures obligatoires. Les annonces concernent principalement les collèges et les lycées (qui, au demeurant, doivent mettre en place une réforme plus que bancale) mais le mal a déjà été fait dans le premier degré avec les CP et CE1 à douze élèves en REP + qui ont eu pour effet un gonflement des effectifs ailleurs. En somme, on ressort le « travailler plus pour gagner plus » en ajoutant du « en faire autant avec moins ».

Que les choses soient claires ! En fin d’année dernière, l’académie avançait, pour justifier les mesures de cartes scolaires ou la diminution des DHG, un déclin démographique au sein de la population scolaire parisienne ; la rentrée n’a fait qu’infirmer cet argument puisque 600 élèves n’étaient pas affectés à Paris. Puisqu’il n’y a pas de déperdition d’effectifs, il y a des besoins d’enseignant-es. Les déclarations du ministre, à l’échelle nationale et vu les échos d’autres académies, ne correspondent en rien aux réalités et aux nécessités du terrain. Qu’il ne vienne pas nous faire ensuite l’article sur le bien-être des élèves...

Encore une fois, pour motiver les troupes, le ministre Blanquer met en avant les heures supplémentaires exonérées de cotisations sociales. Et s’il affirme que si le budget augmente de 850 millions, c’est pour les payer... De plus, il avance une autre mesure, celle du salaire « au mérite », directement issu de CAP 2022, le projet de réforme de la fonction publique. Plus qu’une façon de gérer un budget, c’est aussi mettre au pas la communauté enseignante. On imagine déjà la très grosse ambiance que cela va créer au sein des établissements scolaires. Qui sera le plus méritant ? Qui fera le plus de courbettes ? Qui écrasera le ou la collègue trop menaçant-e ? La notion de mérite est un déni total du travail en équipe, une remise en cause profonde de la cohésion des travailleur-euses dans le cadre des relations au travail. c’est la porte ouverte à une mise en concurrence des individus et du zèle mal venu. Ce n’est pas la conception du métier que défend Sud éducation Paris.

Ce qui est inquiétant dans ce contexte de rentrée, c’est la cohérence de plus en plus forte et visible des réformes que propose ce gouvernement. La gestion comptable et managériale du secteur éducatif. Là où il y a de l’humain, des personnels qui travaillent, des élèves qui doivent s’épanouir à l’école, nos gouvernants ne voient que des lignes budgétaires, des indicateurs et des statistiques. A force d’augmenter la charge de travail des personnels, de tarir le recrutement et le nombre de postes, de gonfler les effectifs par classe, c’est irrémédiablement une dégradation des conditions de travail et une dégradation durable du service public d’éducation en perspective, pour les personnels et les usagers, avec pour objectif la privatisation des services publics d’éducation après celle des services hospitaliers et des services postaux.

Ces mesures ne sont que la pénultième illustration de la volonté de ce gouvernement : il veut en finir avec la fonction publique et avec le service public d’éducation. Et à qui profitera le crime ? A la hiérarchie qui a toujours plus de moyens de pressions pour s’assurer la docilité des personnels ; Aux écoles privées et autres « boîtes à bac » qui voient l’afflux d’élèves venant d’une école publique qu’on dit de plus en plus moribonde ; Au monde de l’entreprise qui demande à ce que l’école fournisse de la main d’œuvre plutôt que des personnes éduquées et émancipées.

Combien de temps va-t-on tolérer cela ? Sud éducation Paris est déjà au bout de sa patience. Et des échéances existent. Le 9 octobre, nous appelons tous les personnels à se mettre en grève dans le cadre de la mobilisation interprofessionnelle contre cette politique libérale qui affecte le public et le privé ; et, afin de faire vivre le syndicalisme de lutte, entre le 29 novembre et le 6 décembre à voter pour Sud éducation aux élections professionnelles.

Sommaire

- pp.3-4 :« 100 % réussite » : flicage des un-es et déshabillage des autres
- p. 5 : Guide d’autodéfense des précaires de l’éducation nationale
- pp. 6-7 : Cap 2022 : pas un cap de bonne espérance !
- p. 7 : À l’université Paris-1, la lutte du collectif des étudiant-es sans-papiers
- p. 8 : Créer des exécutants en LP : c’est notre proooojet !

Cette année, c’est les élections professionnelles !

Entre le 29 novembre et le 6 décembre 2018 auront lieu les élections professionnelles. Comme pour les précédentes, Sud éducation Paris s’engage dans la bataille ! Si nous nous revendiquons avant tout du syndicalisme de lutte, notre représentativité au sein des instances académiques, et nationales pour la fédération des syndicats Sud éducation, constitue un atout pour notre action syndicale.

C’est un des moyens à notre disposition pour « forcer la porte » d’un rectorat trop souvent clos aux personnels et de faire pression sur une administration régulièrement sourde aux revendications des travailleurs-­euses. Notre présence dans les instances, CAPA et CAPD, ne s’inscrit pas dans la cogestion voulue par le rectorat ! Nous assurons au maximum le suivi des différents dossiers et situations ; mais nous souhaitons surtout dénoncer et bousculer des règlements de plus en plus injustes et de plus en plus assujettis à des logiques comptables. C’est un terrain pour nos luttes et pour l’expression des personnels.

Cap 2022 : pas un cap de bonne espérance !

Le rapport CAP 2022, c’est la feuille de route du gouvernement pour réformer la fonction publique. Ou plutôt pour la conformer au credo ultra-libéral. Les 22 préconisations du rapport s’appliqueraient (ou s’appliquent déjà malheureusement) dans les trois fonctions publiques (d’État, territoriale et hospitalière).

En gras, nous reprenons ici quelques éléments d’analyse fournis par Solidaires fonction publique auxquels nous apportons quelques commentaires pour en montrer les incidences sur le secteur éducatif public.

Une nouvelle gestion RH sur fond 
de flexibilité et de rémunération au mérite

Les « managers », qui doivent être issu-es du public comme du privé (il faut « ouvrir les emplois de cadres dirigeants de l’État et des collectivités territoriales à des talents venant du privé »), doivent bénéficier d’une « plus grande souplesse, adaptabilité et agilité ».

Le discours managérial est en vogue en ce moment. Une des pistes largement envisagée pour les établissements scolaires serait de transformer les directeur.trice.s et chef.fe.s d’établissement en véritables managers qui recruteraient directement les personnels. Lorsqu’on parle de management, c’est simplement le terme à la mode pour désigner des fonctions hiérarchiques et les moyens de pressions sur les personnels. Le terme de ressources humaines marque une volonté de gérer le système éducatif à l’instar d’une entreprise.

À cette fin, il faut « assouplir le statut pour offrir la possibilité d’évolutions différenciées, notamment des rémunérations, entre les trois fonctions publiques ».

Assouplir le statut… le statut qui empêche de manager en paix, qui protège trop des personnels considérés comme privilégiés. C’est aussi le fantasme libéral de l’employabilité totale en toute circonstance, d’une flexibilité plus grande des fonctionnaires de l’éducation. La tendance existe déjà : il n’est pas rare par exemple de voir un.e professeur.e certifié.e affecté.e en lycée pro ou un.e agent.e du service général affecté.e à la restauration. C’est une façon pour le ministère d’éviter de recruter.

Le rapport préconise de « ne plus recourir à des mesures générales de revalorisation salariale (point d’indice notamment) ». Et de suggérer « l’utilisation systématique de la part variable » de la rémunération ! Travailler plus pour gagner moins en somme.

Finies les règles d’avancement et d’échelon, la revalorisation du point d’indice. C’est surtout l’instauration du salaire au mérite qui a déjà quelques avatars dans les établissements du second degré : les Indemnités pour Missions Particulières (IMP) donnent déjà lieu à ce genre de pratique. Plus largement, le salaire au mérite créerait de larges inégalités salariales entre les collègues d’un même établissement scolaire.

Fin du statut et du recrutement par concours : il faut aussi « élargir le recours au contrat de droit privé comme voie normale d’accès à certaines fonctions du service public ». Et de « préconiser le contrat de droit privé et non de droit public » !

Les personnels contractuels représentent un peu plus de 20 % des effectifs de l’Éducation Nationale et dans certaines catégories (agent.e.s de service et administratifs), cela devient de plus en plus chose courante. Ces personnels sont dans des situations de précarité et sont plus souvent sous la coupe hiérarchique. L’introduction des contrats aidés (CUI) de droit privé dans l’Éducation Nationale a précarisé davantage des personnels. Si l’on met cela en perspective avec l’application des décrets de la Loi travail adoptés en début de quinquennat, on imagine clairement comment les travailleur.se.s du secteur éducatif seraient traité.e.s à l’avenir...

Pour une flexibilité des ressources humaines, le rapport conseille « de supprimer les CAP mobilité et promotions actuelles ». Carrément. Les « managers » auront les mains libres.

On entend beaucoup parler de la restructuration/transformation des commissions paritaires académiques. À l’heure actuelle, elles ont des prérogatives sur les mutations et l’avancement des personnels. Elles sont loin d’être parfaites mais le système envisagé les chargerait principalement des questions disciplinaires et donnerait toute latitude aux chef.fe.s d’établissement pour recruter les enseignant.e.s ou les autres agent.e.s, les transformant ainsi en chasseur.se.s de têtes. C’est la voie toute tracée au népotisme, copinage et compagnie.

La liquidation des missions de service public

Le rapport CAP 22 préconise une « revue des missions » systématique, « qui doit porter sur l‘ensemble des niveaux de l’État, des services déconcentrés jusqu’aux administrations centrales. ».


But : supprimer nombre de missions exercées aujourd’hui par l’État et procéder à des externalisations/privatisations de missions. Le rapport propose de « confier au secteur privé une partie des tâches réalisées aujourd’hui par l’administration. »

Ici , c’est très explicite ; cela fait des années que Sud éducation tire la sonnette d’alarme. Cet audit des missions a déjà commencé : la décentralisation des personnels ouvriers et de service, et plus récemment des Conseiller.ère.s d’Orientation et Psychologues, aux régions en est une forme. La loi sur l’autonomie des universités en est une autre avec l’introduction de partenaires privés dans leur fonctionnement. C’est tout simplement une privatisation rampante qui se fait dorénavant au grand jour.

Ce court article ne suffira pas à démontrer l’ampleur du désastre à venir (si on ne se mobilise pas contre !).Vous pouvez consulter le rapport sur le site de Solidaires : « La grande casse pour 30 milliards ». Comme son titre l’indique, c’est la somme de 30 milliards que le gouvernement cherche à « économiser » au détriment des usager.ère.s et en dépouillant les services publics. L’école ne sera pas exempte de leur projet malade. Quand on pense aux 60 milliards de fraude fiscale et aux cadeaux fiscaux pour les plus nantis...

À l’université Paris-1,
 la lutte du collectif des étudiant-es sans-papiers (CESP1)

Commencée en avril 2018 la lutte du CESP1 a débuté par une série de rassemblements et de rendez-vous avec la présidence de l’Université qui ont débouché sur une vingtaine de promesses d’inscriptions. Entre communication et rassemblements, le collectif a mené une lutte importante pour obtenir un droit fondamental : « le droit à l’éducation ».

La directrice de cabinet de la présidence, Mme Monnier, a accepté de nous recevoir et de négocier avec nous. Le 9 juillet 2018, il a été confirmé que les dossiers des étudiants sans papier ont été acceptés. Mais depuis... aucun signe de vie de leur part ! Et nous, on n’a rien lâché !

Les étudiant-es n’ont donc reçu aucune confirmation d’inscription durant l’été. Face à ce silence inexplicable le CESP1 a relancé à plusieurs reprises le contact avec la Présidence, en vain. En réaction, le Collectif est allé bloquer le secrétariat de l’UFR de Sciences humaines pour obtenir un rendez-vous avec la présidence. Il nous alors été ordonné de partir alors que nous avons seulement voulu rencontrer M. Legall, le directeur de L’UFR d’histoire ou Mme Monnier, directrice de cabinet de la présidence.

Suite à cela, les militant-es du Collectif ont été reçus par la présidence le mercredi 5 septembre. Le sourire trompeur et les promesses mensongères de la présidence n’ont pas changé . En revanche leur stratégie nous l’avons bien saisie : faire traîner les dossiers ! À la fin de cette réunion, ce sont des nouvelles promesses d’inscriptions qu’ils nous ont données et une prochaine réunion le jeudi 13 qui ira dans le même sens. La présidence a proposé 20 inscriptions et pas plus, 3 camarades du collectif ont dû abandonner leur candidature. Le CESP1 lutte encore pour obtenir la gratuité des inscriptions.

Le CESP1 a décidé d’autre part de ne pas s’arrêter là et de mener le combat jusqu’à la régularisation des étudiant-es sans papiers et pour faire un dépôt collectif à la préfecture.

Créer des exécutants en LP : c’est notre proooooojet !

Voilà un lycée peu commun, le lycée professionnel. Un lycée où, dès l’âge de 15 ans, vous devez déterminer votre futur métier. Voire 14 ans si vous êtes dans une 3e préparatoire à la voie professionnelle. Un lycée où les inégalités sociales sont plus flagrantes que les autres.. Un lycée où il est plus difficile de poursuivre ses études. Un lycée inégalitaire, avec peu de mixité sociale et qui accueille un tiers des lycéen-nes.

Pour en rajouter une couche en terme d’inégalités, le ministre des neurosciences a décidé de transformer la voie professionnelle : son prooooojet, l’amener vers « l’excellence ». Pour preuve les points les plus emblématiques de cette réforme sont :
- la baisse du nombre d’heures en français ;
- la baisse du nombre d’heures en math ;
- la baisse du nombre d’heures en LV2 ;
- la baisse du nombre d’heures en EPS.

À la place, Blanquer veut mettre en place une co-intervention des enseignant-es de français et de maths avec les enseignant-es de matières professionnelles. L’objectif ? Proposer un enseignement des matières générales qui corresponde aux attentes des entreprises.

Cette réforme vise à annihiler le sens critique des élèves, à former de simples exécutant-es qui développeront les compétences attendues par les entreprises.
Pour encore développer les difficultés d’apprentissage des élèves, chaque lycée professionnel devra intégrer une Unité de Formation en Apprentissage. S’ouvrirait alors la possibilité de mélanger à l’intérieur d’une même classe des élèves en formation initiale et des salarié-es (les apprenti-es) de la formation en apprentissage (la moitié du temps en entreprise). Des temps d’enseignement différents pour une même une classe, voilà qui devrait nous amener vers l’excellence !

Cette transformation du lycée professionnel est claire et sans ambiguïté. Former de la main d’œuvre au service des intérêts économiques d’un territoire. Pour cela diminuer au maximum l’enseignement qui pourrait développer le sens critique.

Chacun accordera l’intérêt qu’il veut aux codes mais parfois le code de l’éducation rappelle des principes qu’il serait bon de ne jamais oublier :
« Le service public de l’éducation est conçu et organisé en fonction des élèves et des étudiants. Il contribue à l’égalité des chances et à lutter contre les inégalités sociales et territoriales en matière de réussite scolaire et éducative. Il reconnaît que tous les enfants partagent la capacité d’apprendre et de progresser. Il veille à l’inclusion scolaire de tous les enfants, sans aucune distinction. »

C’est pour cette raison que nous devons lutter contre cette école qui sélectionne, met en concurrence, et empêche les élèves de s’émanciper.

Procès des assassins de Clément Méric. Les meurtriers sont condamnés, la lutte continue 

Le 5 juin 2013, Clément Méric, jeune militant antifasciste et syndicaliste à Solidaires étudiant-e-s, était tué en pleine rue par une bande de skinheads néonazis. Cinq ans après, du 4 au 14 septembre 2018, s’est tenu le procès de trois de ces skinheads, qui comparaissaient devant la cour d’assises de Paris pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. »

La famille de Clément Méric, tout comme ses camarades et ami-es qui s’étaient porté-es parties civiles, n’attendaient rien d’une condamnation pénale et ont toujours dit que ce n’était pas la prison qui réglerait le problème du fascisme. En revanche, ce qu’a permis le procès, c’est de mettre en lumière la vérité des faits et de démonter le discours racoleur des médias qui avaient tout de suite présenté cet événement dramatique comme une simple « rixe » entre deux groupes rivaux, renvoyant ainsi dos à dos les fascistes et les « antifa ». Ce qu’a permis le procès, c’est d’exposer l’idéologie raciste qui a nourri la violence politique des skinheads néonazis qui comparaissaient. Car les circonstances qui ont conduit à la mort de Clément Méric n’ont rien d’un fait divers, il ne s’agissait pas d’une bagarre entre bandes : il s’agissait d’une agression volontaire organisée par des fascistes contre des militants qui avaient refusé la banalisation du racisme, qui avaient refusé de se taire en voyant des gens au crâne rasé se balader avec des t-shirts pour la défense d’une « race blanche » ou des tatouages pétainistes.

En condamnant les deux principaux accusés à 11 ans et 7 ans de réclusion criminelle, le jury a clairement signifié qu’il reconnaissait cette agression pour ce qu’elle était. Pour autant, comme l’a très dignement déclaré la mère de Clément Méric à l’issue du procès, ce n’est pas l’incarcération qui va changer les choses, « ce qui importe c’est de continuer à lutter contre ce qui fait le terreau de l’extrême droite : les inégalités, le déficit d’éducation, le manque de solidarité. »

Solidaires des luttes dans lesquelles s’était engagé Clément Méric, c’est ce que nous devons continuer à faire aujourd’hui : ne pas baisser les yeux et poursuivre le combat pour construire une autre société. 


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