Sans Papiers : Un combat syndical avec les plus précaires des travailleurs !

mercredi 30 janvier 2008
par sud75
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« On ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Cette « vérité » matraquée par les politiques, de droite comme de « gauche », à grand renfort quotidien des médias, justifie depuis des années les dispositifs de refoulement des immigrés et leur surenchère sans fin. Pourtant, aujourd’hui, les migrations ne concernent que 5% de la population mondiale, et 60% d’entre elles s’effectuent à l’intérieur de l’hémisphère sud*. Pourtant, selon L’INSEE, La proportion d’immigrés reste stable en France depuis 25 ans. Faire de l’immigration « un problème », c’est d’abord un choix politique et idéologique. On utilise l’immigration comme masque et comme exutoire aux problèmes économiques et sociaux. On s’appuie sur la peur, née d’un sentiment d’insécurité grandissante face à l’avenir, en lui donnant un visage, celui du migrant des pays pauvres venu s’engraisser au dépends du travailleur français. La « politique du chiffre » de Sarkozy, c’est un cadeau de remerciement à son électorat lepéniste !

Dans un souci « humanitaire » certains politiques condamnent cette course au chiffre, et les abus qu’elle génère. Expulsons, mais de manière raisonnable, de manière « humaine ». Rappelons d’abord que c’est sous un gouvernement socialiste qu’ont été créés les centres de rétention. Condamnons ensuite tous ces hypocrites et leurs belles déclarations, alors qu’ils s’accommodent sans états d’âme de la construction de « l’Europe Forteresse » :

-  une politique de visas dans l’espace Schengen qui équivaut quasiment à interdire sans le dire l’accès du territoire européen à la plus grande partie de la population mondiale

-  la mise à l’écart des étrangers dans des centres d’attente, de rétention ou d’éloignement, ceci sur le sol européen mais aussi dans certains pays limitrophes

-  la militarisation progressive des frontières extérieures de l’Union européenne.

-  La criminalisation croissante des illégaux

Humainement, moralement, les résultats de cette politique sont inacceptables : des centaines de morts chaque année, des milliers de vies brisées, d’hommes de femmes et d’enfants mis en marge de la société, et dépouillés de tous leurs droits. Mais, de plus, si son but est de faire de l’Europe un sanctuaire interdit aux habitants des pays pauvres, elle montre son inefficacité : malgré tout son arsenal juridique et militaire, des milliers de sans papiers, au péril de leur vie, arrivent chaque année à pénétrer sur le territoire européen. En rendant leur route vers l’Europe plus risqué, elle engraisse les mafias et fait monter les prix des passeurs.

Alors que les Etats européens, la France en tête, prétendent fermer leurs frontières pour filtrer une « immigration choisie », des pans entiers de l’économie sont alimentés aujourd’hui, par des travailleurs sans papiers , dans des secteurs comme le bâtiment, la confection, l’hôtellerie et la restauration, ou l’agriculture. C’est la fermeture des frontières qui crée les clandestins : les flux migratoires ne sont pas stoppés, mais la fragilisation juridique des sans papiers les met encore d’avantage sous la coupe d’employeurs pour qui la surenchère répressive est un bon moyen de les avoir à sa merci. Travailleurs kleenex, utilisables à prix cassés et jusqu’à l’usure si besoin, et jetables à tout moment ! L’existence de ces travailleurs sans droits les met en concurrence avec des salariés dont les droits sont représentés par le patronat comme « coûteux », et, de plus en plus souvent « illégitimes ». L’exploitation des travailleurs sans papiers, précaires parmi les précaires, ouvre la voie à la précarisation de l’ensemble des salariés. Ils sont les premières victimes d’une évolution qui écarte des fractions de plus en plus grandes des salariés des emplois stables, généralise la flexibilité, déréglemente le droit du travail, et fait pression sur les salaires. Pour dire stop à cette précarisation généralisée, nous devons refuser qu’il existe des travailleurs sans droits, et exiger que tous les travailleurs de ce pays soient placés sur un pied d’égalité.

Beaucoup de personnels de l’Education Nationale, au sein des réseaux de RESF, défendent les familles d’enfants scolarisés et les élèves jeunes majeurs. On ne peut qu’avoir de l’estime pour leurs actions, et reconnaître leurs résultats : des expulsions sont ainsi évitées partout en France. Mais ces luttes restent cantonnées à un objectif humanitaire, et ne posent jamais le problème politique du statut des sans papiers dans notre pays. De plus, en ciblant une partie seulement des sans papiers, elles rendent les autres d’autant plus vulnérables. Une phrase récente du Préfet de Police de Paris, alors qu’il accédait à la demande d’élus en faisant libérer un père de famille est très révélatrice : « Il y a eu une erreur, les policiers ont cru qu’il s’agissait d’un célibataire ». Dans nos établissements nous croisons pourtant sans nul doute des personnels précaires qui vivent dans l’angoisse du renouvellement de leurs titres de séjour, (à Sud, nous en connaissons !) ou qui sont sans papiers, en particulier quand les établissements font appel à des sociétés de sous-traitance. Si nous devons nous battre aux côté des sans papiers, ce n’est pas seulement pour répondre à un impératif moral face au sort indigne qui leur est réservé, c’est aussi parce que, en se battant pour eux, nous nous battons pour nous ! C’est un combat syndical de premier plan pour l’avenir de tous les salariés de ce pays ! Solidarité avec tous les sans papiers, en particuliers ceux qui se révoltent dans les centres de rétention ! Régularisation sans conditions pour tous ! Liberté de circulation et d’installation pour tous les étrangers, avec la garantie des mêmes droits sociaux que les nationaux ou les ressortissants de la communauté européenne !

* « Le dessous des cartes » éditions Taillandier

A lire :

« La liberté de circulation, un impératif éthique et social » GISTI, Mai 2005

« La fermeture des frontières est irréaliste » Claire Rodier, Politis N° 975, 25/10/07

« Les travailleurs étrangers aux avant-postes de la précarité » Alain Morice, Le Monde Diplomatique, janvier 1997


Site du 9ème Collectif des Sans-Papiers

Chronique de la révolte des emmuréEs du Centre de rétention de Vincennes