Solidaires de tou-te-s LES MIGRANT-E-S ! Manif le 4 octobre

jeudi 1er octobre 2015
par  Sud éducation Paris
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Depuis quelques jours, la mairie de Paris, à l’instar du gouvernement, communique sur l’accueil de celles et ceux qu’elle nomme les réfugiés/es. On ne cesse d’entendre les médias relayer les paroles des re­présentants/es municipaux et préfectoraux et de leurs alliés/es politiques s’autofélicitant sur leur bonne volonté et leur imagination pour mettre à l’abri les réfugiés d’Austerlitz et de la mairie du 18e arrondisse­ment.

Le 2 juin déjà, l’évacuation des migrants installés sous le métro de la ligne 2 à La Chapelle avait donné lieu à un plan de communication d’envergure où la municipalité parisienne se répandait en auto­ satisfaction criant à tout va qu’une solution d’hébergement avait été proposée à tout le monde.

Or, le soir même, plusieurs dizaines de personnes qu’on avait, au petit matin, sous le feu des caméras,fait monter dans des bus pour les relâcher quelques mètres plus loin, se retrouvaient de nouveau à la rue... Très vite, ces exclus de la « mise à l’abri » se sont regroupés et de là est né le campement de la Halle Pajol avec lesquels nombre d’habitants/es du 18e se sont solidarisés/es tout au long des mois de juin et juillet.
Ce regroupement de personnes migrantes et non­migrantes s’est organisé au jour le jour, assurant un minimum de besoins alimentaires, médicaux, juridiques et éducatifs (cours de langue) tout en portant en avant les revendications « un toit et des papiers pour toutes et tous ». Il a permis une mobilisation large qui a poussé la mairie à débloquer ces fameuses places d’hébergement brandies par la préfecture et la ville pour montrer leur bonne volonté (on en est selon le comptage officiel à presque 3000).

Il est cependant difficile de se réjouir de cette situation. Au­delà d’offrir une vitrine médiatique à la gauche parisienne, cet hébergement d’urgence a 2 objectifs : invisibiliser les migrants/es et faire le tri. Un tri d’où seront exclus/es les migrants/es dits économiques, les réfugiés/es climatiques et toutes celles et ceux dont les empreintes sont enregistrées dans la base de données européennes Euro­dac et qui, au nom des accords de Dublin, doivent retourner dans le pays d’Europe par où ils et elles sont entrés/es en Europe.

Ces hébergements que la mairie et la préfecture semblaient tenir en réserve depuis des années telles une botte secrète mettent en lumière les difficultés inhérentes à ce type de dispositif. En effet, les centres d’hébergements d’urgence sont aussi des lieux qui sont parfois gérés de façon carcérale, tout au moins disciplinaire : heures limites d’entrée et sorties, interdiction de visites, repas imposés au niveau du nombre et des horaires... Les personnes qui y sont hébergés/es sont souvent obligés/es de quémander la moindre chose telles par exemple un ticket de métro et n’ont pas l’accompagnement juri­ique et social dont elles ont pourtant besoin par rapport à leur situation.

Cette question de l’hébergement d’urgence est extrêmement sensible pour l’Etat et la Ville de Paris. En effet, plusieurs personnes qui ont osé émettre réserves ou revendications au sujet des conditions d’hébergement d’urgence se sont retrouvées placées en garde à vue sous les prétextes et accusations les plus loufoques :

  • séquestration pour quatre personnes (dont deux de Sud Culture) venues soutenir 30 migrants/es en grève de la faim contre leurs conditions de vie dans le centre Emmaüs de la rue Losserand dans le 14e ;
  • passeurs pour trois migrants qui remettaient en cause le fait de devoir dormir dans une annexe de l’hôpi­tal de Nanterre. Comme toujours lorsqu’il s’agit de répression l’objectif est de faire accepter au plus grand nombre d’entre nous une existence au rabais.
  • En parallèle à ces hébergements d’urgence qui ne dépendent que du bon vouloir des autorités et où la police peut venir à loisir « cueillir » les migrant/es qui sont arrivés en fin de procédure et ne peuvent être admis au séjour en France, il existe à Paris un lieu baptisé par ses occupants/es « maison des réfu­giés ». Ce lycée désaffecté situé place des fêtes dans le XIXe arrondissement, est occupé depuis le 31 juillet par plus de 500 migrants/es et est régulièrement vilipendé dans les médias et dans les discours des res­ponsables municipaux. Présenté comme un lieu insalubre où s’exercerait toutes sortes de trafics et où règnerait la loi du plus fort, il fait l’objet de transactions, la mairie de paris déclarant vouloir y faire des tra­vaux pour le transformer en centre d’hébergement d’urgence qui n’accueillerait plus que 80 migrants/es.

Les militants et militantes de Sud Education qui participent à la vie de ce lieu ne nieront pas que la vie au lycée Jean Quarré n’ est pas toujours facile. En effet, pas toujours facile pour des gens qui ne se connaissaient pas, qui ne parlent pas la même langue et qui ont parfois vécu des situations extrêmement traumatisantes les fragilisant psychologiquement de vivre ensemble dans la promiscuité et l’incertitude permanente du lendemain. Pas toujours facile d’organiser chaque jour des permanences juridiques, des cours de français, l’infirmerie, la gestion des dons qui arrivent de partout, des repas pour minimum 500 personnes, ou du ménage qu’il faut faire et refaire sans cesse, des travaux d’électricité, de plomberie qui
sont fait toutes les semaines,...

Pas toujours facile de trouver chaque jour une place pour dormir et de quoi manger pour celui ou celle qui a passé une frontière dans des conditions extrêmes et vient là se re­poser un peu avant de continuer son chemin ou de tenter
des démarches en France. Pas facile, mais pourtant quelque chose se passe, quelque chose qui a réel­lement à voir avec la solidarité, le partage et le sens du commun.

Les responsables politiques présentent ce lieu comme ayant atteint les limites de l’autorganisation. Ce lieu démontre pourtant que même dans des conditions extrêmes l’autorganisation est possible et que, sans elle, au minimum 500 personnes seraient aujourd’hui à la rue.

Nous remarquons que jamais n’est posée la question du système politique et social qui organise la misère et fait en sorte que des milliers de gens dorment dehors, que dans nos écoles parisiennes et notamment du XIXe arrondis­sement, nous ayons régulièrement des élèves qui avec leurs familles, dorment dans le métro ou sous le
périphérique. De nombreux enfants (au lycée ou en hébergements) sont empêchés d’être inscrits à l’école, les mineurs isolés ne sont pas mis à l’abri ou alors dans des conditions impossibles, se voyant systématiquement nier leur minorité par les autorités administratives, et n’ont aucun accès à la scolarité.

Dans ce contexte, c’est clairement l’action des pouvoirs publics, tous confondus, qui montre ses limites. Alors que des solidarités collectives et individuelles sont à l’œuvre chaque jour, la mairie de Paris, la pré­fecture et le gouvernement jouent le pourrissement, rétifs à prendre la moindre responsabilité et à ré­pondre à une situation dont ils ne veulent pas prendre la mesure et l’urgence, voir dont ils ne veulent pas
entendre.

Promesses et manœuvres politiciennes, discours faussement compatissants, forces de l’ordre, arresta­tions, conditions d’hébergement insuffisantes, temporaires et précaires... Les réponses schizophrènes proposées jusqu’à maintenant par des autorités qui oscillent entre charité et répression tentent surtout d’invisibiliser les personnes migrantes, leur déniant le statut même de personnes sujets de leur existence (déplacés, triés, « hébergés », remis à la rue, le plus souvent sans explications, ......).

L’offensive médiatique et politique contre le lycée Jean Quarré a pour but d’éradiquer toute forme de ré­sistance et de solidarité, n’hésitant pas au passage à attiser la flamme de la xénophobie.

Dans le contexte d’une situation économique et sociale qui se durcit pour tout le monde à un niveau mondial, cette mobilisation pour l’égalité des droits et des conditions de vie dignes semble quelque peu effrayer ceux qui ont le pouvoir.
Les migrants, à l’heure actuelle, n’ont quasiment aucun droit, le sort des personnes au plus bas de l’échelle sociale est révélateur du sort de tous les exploités.

Face à cette division administrative imposée par l’Etat, dont les ressorts sont les mêmes que celle imposée aux travailleurs et aux chômeurs (public/privé, démantélement du code du travail au pro­fit des accords de branche, destruction des services publics) la solidarité doit prendre le pas sur la mise en concurrence organisée des uns contre les autres.
Logement pour tous et toutes, papiers pour tous, égalité des droits ! Liberté de circulation et d’installation ! Solidarité entre tous les travailleurs-ses et chômeurs-ses avec ou sans papiers !


Documents joints

Manif du 4 octobre
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