Les « secteurs multi-collèges » : nouvelle lubie du rectorat de Paris

tract de SUD éducation Paris et préavis de grève du 7 au 16 décembre pour les collèges parisiens menacés de regroupement suite au denier CDEN
mercredi 7 décembre 2016
par  Sud éducation Paris
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Les « secteurs multi-collèges » : nouvelle lubie du rectorat de Paris

D’où ça sort ?

La mixité sociale est invoquée depuis très longtemps à juste titre comme facteur de « réussite », d’« égalité des chances », notamment des élèves défavorisé-e-s. Au plan légal, c’est par la loi du 8 juillet 2013, dite de refondation de l’école de la République, que le gouvernement de Manuel Valls impose au service public de l’éducation de veiller « à la mixité sociale des publics scolarisés au sein des établissements d’enseignement » par la mise en place des secteurs multi-collèges. La circulaire du 7 janvier 2015 en précise l’application.
Le rectorat, qui reconnaît le très haut niveau de ségrégation scolaire à Paris, veut donc mettre en place dès la rentré 2017, pour « accroître la mixité sociale », quatre « secteurs multi-collèges » qui apparient G. Philippe avec M. Curie (18e), A. Coysevox avec H. Berlioz (18e), H. Bergson avec É. Pailleron (19e) et H. Boucher avec M. Ravel (20e), suivant des modalités non encore choisies parmi les trois envisagées :
- Montée alternée : une année, la cohorte arrivante d’élèves du secteur entre tout entière dans un collège et y fait tout son collège. L’année suivante c’est dans l’autre collège, si bien que les enseignements se font pour chaque collège sur les niveaux sixième et quatrième une année et cinquième et troisième l’autre.
- Spécialisation : sixième-cinquième dans l’un des collèges, quatrième-troisième dans l’autre ; sans que « la mixité sociale » en soit le but, c’est la solution qui a été retenue il y a peu pour E. Delacroix et Janson de Sailly (16e).
- Recherche de mixité accrue par l’affectation : l’affectation des élèves du secteur dans l’un des deux collèges se fera sur la base du quotient familial (censé être suffisamment révélateur des Professions et Catégories Sociales des parents), de la distance domicile-collège et des vœux des parents, en vue d’avoir la même répartition des PCS dans les deux collèges.

Parallèlement, le rectorat annonce généreusement vouloir « allouer des moyens sans en prendre ailleurs » pour une « amélioration de l’offre » dans ces huit collèges en vue d’éviter la fuite des familles aisées dans le privé. Le rectorat entend aussi motiver le privé sous contrat, par des incitations financières, à scolariser des publics plus défavorisés.

Tout ça pour quoi ?

Que la mixité sociale soit une bonne chose, SUD éducation Paris le soutient. En revanche comment imaginer qu’une politique de mixité sociale puisse porter des fruits dans les collèges parisiens quand les gouvernements successifs mènent parallèlement et contradictoirement une politique sociale qui abat toujours plus les classes populaires et enrichit les classes sociales aisées, et que la ville de Paris mène une politique urbaine qui relève de la chasse aux pauvres ?
Comment croire en la sincérité de la démarche quand cette mixité est présentée comme permettant de « pacifier des territoires », comme permettant aux élèves d’adopter les « valeurs républicaines », ou de se sentir attaché-e-s à la « nation » ? L’école doit-elle être si dogmatique ?
Comment croire que cette mixité renforcera le service public d’éducation quand on connaît le risque de fuite vers le privé déjà fortement à l’œuvre sur Paris ?
Comment s’imaginer que les classes sociales favorisées ne réussiront pas à trouver d’autres stratégies de distinction, comme par exemple transposer la concurrence entre collèges aux classes à la faveur des options qui ne manqueront pas de surgir après « amélioration de l’offre », ce d’autant qu’aucune circulaire n’impose une constitution de classes hétérogènes. Qu’adviendra-t-il des deux paires de collèges REP-hors REP, Berlioz-Coysevox et Pailleron-Bergson ? On n’ose pas imaginer que des moyens REP seront supprimés à l’occasion mais quand Luc Pham, DASEN en charge à Paris des REP, glisse au sujet de ces secteurs multi-collèges que « les REP, c’est fini en 2019 », on ne peut qu’en douter. Dans leur projet initial, les ZEP, c’était « donner plus à celles et ceux qui ont moins », et pas seulement au plan scolaire ! Après avoir diminué le nombre de REP à Paris, le rectorat et le ministère anticiperaient-il une éventuelle disparition totale des REP en adoptant la mixité comme nouvel alibi « social » à l’encontre les moyens ?

La confusion règne

Évidemment, ce nouveau leitmotiv de la mixité sociale fonctionne comme les précédents, à « moyens constants » ! Elle apparaît finalement pour ce qu’elle est : un vernis social trop brillant pour être vrai, un concept de com’. Moins de trois mois avant les votes de DHG, les personnels de ces huit collèges sont pris de court et tombent de haut. Que les personnels de terrain n’aient ni été informé-e-s, ni été consulté-e-s - contrairement aux personnels de direction ! - relève du total mépris. De plus, s’imaginer qu’on peut faire sans elles et eux et dans des délais aussi courts relève de l’inconscience.

Des dizaines de questions se posent. En premier lieu sur les modalités qui seraient mises en œuvre si ces fusions de secteurs scolaires avaient finalement lieu et sur les conséquences en matière de mixité effective, d’organisation des services, de conditions de travail, de moyens, de salaires, de prise en charge des élèves en situation de handicap...

Pour donner du sens à leur action, les personnels ont besoin qu’on ne les dessaisisse pas du suivi sur le long terme de leurs élèves, notamment pour les projets mis en place sur plusieurs niveaux, voire tous. Qu’arrivera-t-il aux professeur-e-s de langues, déjà malmené-e-s ? Qu’en sera-t-il de l’objectif annoncé de continuité des apprentissages avec les écoles primaires en matière de langue ?

Certes, et heureusement, la circulaire précise qu’il faudra « donner satisfaction en priorité aux vœux formulés par les élèves souffrant d’un handicap, puis les élèves bénéficiant d’une prise en charge médicale à proximité de l’établissement ». Pour les paires Berlioz-Coysevox et Pailleron-Bergson, c’est dans le collège le plus défavorisé actuellement et seulement dans celui-là qu’il y a une SEGPA, structure dont les biais sociaux au recrutement sont bien connus. Comment cela permettrait-il que ces deux établissements aient des publics scolaires équivalents ? Que se passera-t-il pour ces structures ou pour les UPE2A et les ULIS et leurs prof-e-s ?

Il apparaît clairement que la spécialisation et la montée alternée sont des bouleversements extrêmement violents pour les personnels. Alors que la circulaire d’application précise que « l’affectation est un outil majeur pour atteindre l’objectif de mixité sociale », le rectorat de Paris en profite, allant au delà de la simple modification des procédures d’affectations, pour restructurer et reconfigurer au passage des établissements scolaires. La modalité spécialisation prend prétexte de la réduction de la ségrégation scolaire pour fusionner les établissements au lieu des secteurs scolaires. Cela découperait arbitrairement la scolarité des élèves, sans cohérence avec les cycles, le rectorat reconnaissant l’existence d’une stratégie des parents consistant à remettre leur enfant dans le public en quatrième, en vue d’avoir un « bon lycée », il ne ferait en l’espèce que nourrir ce mouvement de tri social, ce qui est contraire à l’affichage grandiloquent fait de la mixité ! Comment ces secteurs multi-collèges évolueront-t-ils à long terme ?

Les établissements se mobilisent

Depuis l’annonce aux personnels de ce projet, des AG et des heures d’information syndicales se sont tenues dans les établissements concernés. Il y a eu des grèves les 25 et 29 novembre, des rencontres avec les parents, des blocages des établissements par les parents d’élèves, un boycott des conseils de classe, etc. De nouvelles mobilisations s’annoncent.

Alors que le mouvement de grève « Touche pas ma ZEP ! », qui lutte pour l’élargissement de la carte des lycées ZEP, s’étend à échelle nationale (un appel à la grève reconductible est d’ailleurs lancé à partir du 3 janvier), certains tentent de détourner diverses études scientifiques pour leur faire dire le contraire de l’évidence quant à l’utilité de l’éducation prioritaire. Les mêmes invoquent un « égalitarisme dévoyé », voire des « fantasmes multiculturalistes », qui empêcheraient la « progression des élèves de bon niveau » ou entraveraient la « liberté de l’enseignement » ou le « libre choix des parents » ! SUD éducation Paris dénonce avec force cette offensive réactionnaire, combattra tout mouvement sur ces bases et réaffirme que la mixité sociale est une très bonne chose pour l’école.. Contre l’école du tri social, SUD éducation Paris défend le projet d’une scolarité polytechnique unique pour toutes et tous jusqu’à 18 ans.

SUD éducation Paris appelle tous les personnels concerné-e-s à se réunir, notamment lors de l’AG sur ce thème qui aura lieu à la Bourse du Travail (3 rue du Château d’eau, M° République) le mercredi 7 décembre à 18 heures, pour décider des revendications (augmentation de la mixité, diminution des effectifs...) et à s’organiser, notamment par la grève (un préavis de grève spécifique couvre les collègues du mercredi 7 décembre au vendredi 16 décembre), pour obtenir satisfaction.


Après un premier préavis spécifique du mercredi 7 décembre au vendredi 16 décembre 2016, SUD Education Paris émet un second

Préavis de grève couvrant les collègues des 8 établissements concernés :

À l’attention de M. le Recteur de l’académie de Paris
47, rue des Écoles
75005 PARIS

Objet : préavis de grève

Monsieur le Recteur,

Sud Éducation Paris a l’honneur de déposer auprès de vous, conformément à la législation en vigueur, un préavis de grève couvrant l’ensemble des personnels des établissements du second degré de l’Académie de Paris concernés par des projets de regroupement :

- Le Collège Gérard Philippe(18e arrondissement)
- Le collège Marie Curie (18e arrondissement)
- Le Collège Antoine Coysevox (18e arrondissement)
- Le Collège Hector Berlioz (18e arrondissement)
- Le Collège Edouard Pailleron (19e arrondissement)
- Le Collège Henri Bergson (19e arrondissement)
- Le Collège Hélène Boucher (20e arrondissement)
- Le Collège Maurice Ravel (20e arrondissement)

pour la période du mardi 3 janvier au vendredi 3 février 2017.

Ils entendent protester contre ces projets de rapprochement et les conditions de leurs mises en place.
Nous vous prions, Monsieur le Recteur, de croire à notre attachement au service public et de bien vouloir agréer l’expression de nos salutations.

Le co-secrétaire général de Sud éducation Paris


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