Ecole Guadeloupe (18e) : une lutte contre l’insalubrité des locaux

lundi 12 mars 2018
par  Sud éducation Paris
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Communiqué de Sud éducation Paris de soutien à la lutte contre l’insalubrité à l’école Guadeloupe dans le 18e arrondissement

Depuis des années, l’école Guadeloupe dans le 18e arrondissement est dans un état de vétusté et d’insalubrité considérable. Les locaux ne sont pas adaptés à l’accueil des élèves dans des conditions sanitaires normales, les normes en vigueur en matière d’hygiène et de sécurité de la Ville de Paris ne sont pas respectées, selon le cahier des charges de la Ville de Paris mentionné dans le rapport annuel de 2007 de l’ONS, l’Observatoire National de la sécurité et de l’accessibilité des établissements d’enseignement. Les conditions de travail de tous les personnels de l’école, les conditions d’apprentissage et de vie à l’école des élèves en pâtissent lourdement. L’urgence de la situation s’est exacerbée depuis le début de l’année scolaire.

L’école Guadeloupe est une école spécialisée qui accueille 200 élèves chaque jour dont 40 en situation de handicap, en réseau REP et située dans un quartier « politique de la Ville ». Plus d’une cinquantaine d’adultes, personnel enseignant, AVS, agent-e-s de la Mairie de Paris, animateurs et animatrices y travaillent.

Par exemple, là où l’école devrait disposer au rez-de-chaussée de 13 urinoirs et 39 WC pour les enfants selon les normes en vigueur, il y a 4 urinoirs et 7 WC (soit moins de 1 pour 20 élèves) ! 52 lavabos devraient exister, et bien il y en a 15, sans savon,ni essuie-mains. Pour les adultes, au lieu de 4 WC femmes, 2 WC hommes et 2 urinoirs, il y a un seul et unique WC mixte. Par étage, les normes sont de 5 WC et point d’eau, hors 2 WC étaient condamnés depuis des moi. Et même si comme le rappelle la Mairie ces normes sont celle des bâtiments neufs, on est très très loin du compte.

Ces conditions sanitaires entrainent des conséquences graves sur la santé des enfants et des personnels, qui doivent se retenir en de nombreuses occasions. Les infections urinaires et les constipations chroniques se multiplient.

Ces conditions sanitaires ont également des incidences sur les conditions d’enseignement et d’apprentissage. Un week-end, une canalisation d’évacuation des eaux usées a lâché, un toilette s’en est trouvé sinistré. Une salle de classe à proximité a été envahie d’une odeur insupportable. L’enseignante a dû donner cours dans le préau de l’école pendant 3 jours.

Dans la salle des adultes le seul équipement à disposition est un lavabo lave-mains d’une quinzaine de centimètres de largeur pour que les personnels puissent faire leur vaisselle. La salle ne dispose d’aucun placard hermétique, hormis quelques petits casiers destinés au rangement des papiers. Un trou dans le mur qui sépare la salle d’une cour, situé au bas de ce lavabo, permet le passage de rongeurs. Tout ce pan de mur est imbibé d’eau suite à un dégât des eaux. Rappelons que des personnels travaillent dans l’école de 6h30 à 18h dont des heures de repas.

Rongeurs, rats et souris, ont envahi le rez-de-chaussée, laissant leurs excréments partout, et l’ odeur pestilentielle résiste au nettoyage. Les rongeurs effraient les enfants qui les entendent circuler à tous les étages dans les sous-plafond, et parfois les voient traverser la classe... Mais bien plus grave, les rongeurs véhiculent des maladies dites vectorielles, c’est à dire transmissibles aux humains (par exemple, la leptospirose, la salmonellose, la fièvre d’Haverhill, la méningite, des ténias...) Nettoyer les excréments et l’urine des rongeurs entraine un surplus de travail considérable pour les agent-e-s.

Au début de l’année scolaire, des ouvriers de la Mairie de Paris, venus faire des travaux de peinture, ont découvert derrière un radiateur des câbles électriques, attaqués par les rongeurs on provoqué un départ de feu qui s’est résorbé grâce aux infiltrations d’eau !

Les personnels de l’école n’ont cessé d’alerter les services de la Mairie de Paris depuis le mois de septembre, par tous les moyens de communication en vigueur, et le RSST (Registre de Santé et Sécurité au Travail) a été rempli à nombreuses reprises.

Le mardi 6 février 2018, M. Darriulat, adjoint au Maire, a visité l’école. Tous les éléments qui avaient déjà été communiqués par écrit lui ont été répétés, et il a pu constater l’ampleur de l’urgence par lui-même en faisant le tour de l’école, et en parlant avec les parents d’élèves élus. A la fin de cet entretien, il s’est engagé à trouver une solution d’urgence pendant les vacances de février, le gros des travaux étant prévus pour les vacances de printemps.

Au retour des vacances de février, découvrant avec stupeur et colère qu’aucune solution d’urgence n’avait été mise en place, l’équipe enseignante a alerté les parents d’élèves. Une mobilisation s’est lancée rapidement et efficacement. Les parents d’élèves ont alertés les médias, le personnel s’est mis en grève, sous couvert du préavis de grève généraliste déposé par la fédération Sud éducation, et l’école a été fermée le jeudi 8 mars. Des médias télé, presse et radio, alertés par les parents d’élèves, ont couvert la mobilisation.

Le matin du jeudi 8 mars, les grévistes et les parents d’élèves se sont rendus au Rectorat de Paris. Un chargé de mission les a reçu-e-s. La situation d’urgence a été de nouveau exposée, et les exigences énoncées. Demande a été faite que la journée de grève ne soit pas défalquée du salaire.

L’après midi de ce même jour, le personnel de l’école en grève, parents d’élèves et enfants se sont rassemblés devant la Mairie du 18e, avec banderoles, pancartes et concert de casseroles, faisant entendre leur mécontentement et demandant à être reçus en délégation immédiatement. Mais les élus de la Mairie du 18e avaient mieux à faire ce jour là : Eric Lejoindre, le Maire, visitait un hôtel d’entreprise flambant neuf à la Porte de Montmartre, suffisamment doté en sanitaires l’on s’en doute, et sans présence de rats...

Philippe Darriulat, adjoint au Maire chargé des affaires scolaires, de la réussite éducative et des rythmes éducatifs, en déplacement ce jour-là aux dires de la Mairie, a tout de même trouvé le temps de répondre à une interview télévisée et de se contenter de dire, en substance, « on ne peut pas laisser de la mort aux rats à portée de mains des enfants dans l’école ».

Suite à cette journée de mobilisation, un communiqué a été produit :

Communiqué de presse des enseignants en grève et des parents d’élève de l’école Guadeloupe du jeudi 8 mars 2018
 
Les enseignants ont été en grève aujourd’hui. L’école était fermée pour faire valoir nos droits et ceux de nos enfants à travailler dans des conditions d’hygiène élémentaires. En effet, ce matin, les enseignants et les parents ont été reçus par un chargé de mission du rectorat de Paris. Or cette après midi après 1h30 de rassemblement (enseignants, AVS, parents, enfants), personne de la mairie n’a daigné nous recevoir et à notre arrivée les portes ont été fermées. En l’état actuel des choses, notre mobilisation ne faiblit pas. L’école sera occupée par les parents dès demain vendredi 09/03. Demain, la mairie est censée passer dans l’école. Si nos exigences ne sont pas consignés par écrit nous nous remettrons en grève lundi 12/03. Nous exigeons une promesse écrite quant à une solution pour ces problèmes de santé publique :
- livraison de toilettes provisoires avant lundi. 
-colmatage des trous par lesquels les rats et les souris s’introduisent dans l’école. 
- éradication des rongeurs
- remise aux normes (selon le cahier des charges de la ville de Paris) concernant les toilettes et les points d’eau
- la création d’un coin cuisine sain dans la salle des maîtres
- la réhabilitation sécurisée des colonnes électriques dans les classes ULIS 
Collectif École Guadeloupe

Le matin du vendredi 9 mars, de nombreux parents étaient rassemblé-es à l’ouverture de l’école pour accueillir les représentant-e-s de la Mairie avec pancarte et grand bruit.

L’inspectrice de la circonscription s’est déplacée, les représentant-e-s de la Mairie sont arrivé-e-s et une réunion s’est tenue à 8h30 avec des enseignant-e-s, des parents, et tout ces « responsables ». L’ambiance était assez tendue.

La mairie a essayé de faire le dos rond, arguant que bien des travaux avaient été planifiés, elle a attaqué les enseignant-e-s sur des questions qui ne relèvent pas de leurs missions (le nettoyage de la cour extérieure, annexe à la salle des adultes, qui a d’ailleurs été comparée à un « camp de Gitans » par une personne de la Mairie), et a critiqué le fait le que des papiers trainent en salle des adultes ! Il faudrait que tous les papiers soient rangés dans des boites hermétiques, tandis que qu’il n’ y a aucun placard qui ferme dans cette salle... Les représentants de la Mairie se sont auto félicités d’avoir déjà investi beaucoup d’argent dans des travaux, notamment de boiserie, et d’avoir prévu de continuer ces grands travaux, cette année ils s’occuperaient du ravalement de la façade ! Les travailleuses, travailleurs et usagers usagères de l’école furent ravi-e-s d’apprendre que l’apparence extérieure de l’école leur tenait tant à cœur ! Et dans le feu de la discussion, oublièrent de leur rappeler que si des travaux de boiseries avaient bien été entrepris, ce fut juste après qu’une élève ait reçu le carreau d’une fenêtre sur la tête... et aussi que deux tableaux étaient posés à même le sol dans 2 classes, attendant d’être fixés au mur depuis plus d’un an et demi, et que la photocopieuse était en panne depuis le début de la semaine.

L’équipe a rappelé que pour ce qui est des colonnes électriques et des prises dans les classes d’Ulis, abîmées par le passage nécessaire des fauteuils roulant des élèves en situation de handicap, les services de la Mairie étaient venus suite à un signalement, étaient repartis, et avaient classé le dossier sans suite....

Sous pression de la mobilisation, la Mairie a envoyé un dératiseur dès le jeudi à l’école, qui a placé un piège Mimetic Mhouse contre les rongeurs dans une salle de classe du rez-de-chaussée, piège semble-il plus efficace que les classiques boîtiers noirs, et qui peut être placé à proximité des enfants. Pourquoi n’en avaient-ils pas mis avant ? Est-ce parce ces boitiers coûtent cher ? La Mairie préfère ne pas parler d’argent et insister sur leur caractère « expérimental », alors même que des échos venant d’une autre école du quartier confirment leur efficacité, et qu’une visite sur le site internet du fournisseur prouve que ce produit est bel et bien commercialisé.

Les travaux des toilettes du 1er et 2nd étages ont commencé mercredi , ce qui n’a sûrement rien à voir avec l’annonce de la grève... celles-ci devraient être opérationnelles dès lundi. La mairie a promis que les travaux pour un espace cuisine et un évier digne de ce nom commenceraient ce lundi 12 mars. Une personne venant voir s’il est possible d’ajouter des toilettes dans l’école est prévue pour le 20 mars.

Parents et enseignant-e-s présent-e-s à la réunion ont exigé des engagements écrits de la part de la Mairie, avec un calendrier précis des travaux, une représentante a promis de l’envoyer le soir même.

Si cet engagement écrit n’était pas tenu, les enseignant-es n’excluent pas de se remettre en grève dès lundi, ayant envoyé des intentions de grève les couvrant jusqu’au 30 mars.

À la fin de la réunion, les enseignant-e-s découvert que l’ascenseur venait également de tomber en panne ce qui ne permet plus à un enfant en fauteuil roulant de monter dans sa classe.

Malheureusement les représentant-e-s de la Mairie avaient déjà filé rapidement par la porte du fond de la cour...

La députée de la circonscription, Mme Obono, s’est rendue à l’école dans l’après-midi. Lors de cette visite, elle a fait le tour des locaux et s’est engagée à ce qu’un vœu soit porté au prochain Conseil de Paris.

Un peu plus tard, un écrit en provenance de la Mairie est arrivé à l’école. Cette maigre réponse, non signée par un-e élu-e, n’a pas suffi à rassurer l’ensemble de la communauté éducative. Un second communiqué est paru, annonçant la fermeture de l’école dès le lundi 12 mars.

Communiqué de presse des enseignants en grève et des parents d’élèves de l’école Guadeloupe du vendredi 9 mars 2018
 
Face au mépris des personnels et des élus de la Mairie du XVIIIe et de la réponse insuffisante concernant la situation sanitaire et la sécurité de l’école, nous demandons à être reçus par les élus. Nous attendons une réponse précise sur nos droits, un détail des travaux avec engagement écrit et un point d’information à l’équipe et aux parents régulièrement . Afin de pouvoir être disponible et de rester unis, parents et personnels, l’école Guadeloupe sera fermée lundi 12 mars. Si les élus de la Mairie continuent à ignorer la situation et les conditions insalubres et dangereuses de l’école, le mouvement sera reconduit. 
Collectif parents enseignants Guadeloupe

Les personnels signalent les dysfonctionnements, patientent, s’adaptent, prennent sur elles/eux, en subissent les conséquences directes et graves en terme d’organisation du travail et de santé, sans trop communiquer de crainte d’effrayer les parents, mais au bout d’un moment, face à l’absence de réponse et d’actions, la coupe est pleine, la colère monte et la mobilisation se renforce.

Face à la détermination des personnels et à la médiatisation d’une situation inacceptable, la Mairie et le Rectorat ne peuvent plus faire la sourde oreille, ils se déplacent, promettent du changement, mais cette fois-ci, il n’y aura pas de place pour la condescendance et le mépris des fausses promesses, les engagements devront être tenus rapidement, les personnels et parents mobilisés y veilleront !

Sud éducation appuiera toutes les luttes des personnels de l’éducation pour des locaux adaptés aux besoins des élèves et des personnels.
Sud éducation appuiera toutes les luttes des personnels de l’éducation pour des locaux sains.

Paris le 9 mars 2018

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